Les articles...

Grand écart…

Au « Jeudi des broussards », les représentants de la Chambre d’agriculture de la Nouvelle-Calédonie m’ont fait remarquer que j’étais très assidue sur leur stand. En effet, j’y ai d’abord porté « en bouche propre » une invitation d’EPLP à son président afin qu’il assiste à la projection du film « Le temps des grâces » et participe au débat qui la suivrait. Cette invitation ayant été refusée pour motif personnel, le Vice Président s’est alors engagé à honorer de sa présence ladite manifestation. Finalement, aucun représentant de la CANC ne s’est déplacé. Il est vrai qu’il est plus facile de pérorer sans contradicteur…
J’y suis revenue ensuite afin de me procurer des renseignements d’ordre statistique. Il m’a été conseillé de faire un courrier… Je n’étais manifestement pas la bienvenue. J’en ai profité pour prendre de la documentation mise à disposition du public. Bien m’en a pris ! J’y ai trouvé une bonne part des renseignements que je demandais !
En ce dimanche après-midi, j’achève la lecture des diverses publications récupérées. Fort instructive ! De nombreux articles méritent d’être commentés.
Je relève d’emblée la schizophrénie du n°120 de la Calédonie Agricole qui, d’une part, dresse un constat accablant quant au « déséquilibre des relations sol-plantes introduit par les pratiques conventionnelles» et « la faible durabilité des grandes productions végétales, à la fois économique, sociale, agronomique et environnementale », promeut la PBI (p10.11), le SCV (p12 et s.), un permis d’achat et d’utilisation pour les phytos (p18) et la BRF (p20 et s.), déplore que « les formations thématiques pour agriculteurs soit un dispositif sous-utilisé » et, dans le même temps persiste à dire, et à publier SANS RIRE que « les produits phytosanitaires sont d’une importance cruciale pour garantir la productivité des récoltes ». Quel grand écart !
Comment la Chambre peut-elle prétendre être « partenaire du développement agricole durable » dans ces conditions ? Se payer de mots ne suffit pas et suffira de moins en moins…
A ce moment de l’exposé, il n’est pas inutile de rappeler que les demandes d’EPLP depuis près de 3 ans portent sur une formation obligatoire pour les applicateurs de pesticides (14 stagiaires DAPA en 2008 ; au total une centaine d’agriculteurs formés à l’application des pesticides sur près d’un millier) et sur le retrait des pesticides les plus dangereux (ceux interdits en UE pour leur toxicité sanitaire ou leur écotoxicité). Cela représente environ 30 molécules contenues dans une cinquantaine de produits commerciaux (sur un total de plusieurs centaines !). Contrairement à ce que certains de nos interlocuteurs colportent, nous ne voulons pas l’interdiction de tous les pesticides et nous n’avons jamais attaqué les agriculteurs qui, d’une part sont les premières victimes de ces poisons, et, d’autre part, utilisent les produits mis à leur disposition sans être responsables de leur homologation. Nous sommes un bouc émissaire facile. Mais il serait bon que chacun assume ses responsabilités …
La définition d’une politique agricole durable pour la Nouvelle-Calédonie ? Nous en sommes d’accord, elle s’impose ! Et elle verra fatalement la diminution puis l’abandon de certaines aides (à l’énergie, aux engrais, aux phytos –détaxés-). Cela est nécessaire et possible (cf p12 à 15). Ce point ne donne l’occasion de « traiter » du rapport d’activité 2008 de la CANC (qui affiche le développement durable en couverture !). En page 18, « « l’enveloppe annuelle de l’aide à l’énergie allouée par la NC a augmenté, en corrélation avec l’augmentation du prix du gazole » et s’établit à 130 millions (« 112 ont bénéficié à 882 agriculteurs »). La facture totale énergie atteint 7 094 950 007 F (+ 13 % par rapport à 2007). Vous avez bien lu ! Plus de 7 milliards ! Or, l’agriculture, comme tous les autres secteurs d’activité doit réduire sa consommation énergétique pour préparer l’avenir…
Et ça continue… En page 19, « Importation d’engrais ». On apprend là que « le prix moyen de l’engrais est de 91 190 F la tonne. Soit une augmentation de 46% ». Dans ce domaine, les aides publiques s’élèvent à environ 150 MF (prix de revient moins prix payé par l’agriculteur x 3 741 tonnes). Les engrais de synthèse sont issus de la pétrochimie. Leur prix ne baissera pas dans l’avenir, bien au contraire. Nous en sommes à 260 MF attribués à des postes non durables… S’y ajoutent une part des frais de fonctionnement, salaires etc des structures distribuant ces aides… Les citoyens que nous sommes demandent que les produits de leurs impôts et taxes soient affectés à l’aide à la conversion des pratiques, à la rémunération des agriculteurs qui protègent la santé (la leur et la nôtre), les ressources en sols, en eaux, en biodiversité. Ne dit-on pas que « qui paye commande » ? L’argument économique est traditionnellement un argument de taille …
J’ai gardé le meilleur pour la fin !
Fascicule intitulé «  Halte  aux idées reçues » (ERPA, CANC). Dès l’édito, le ton est donné : il y est question de « 6 idées reçues caricaturales »… Diffamons, diffamons, il en restera toujours quelque chose ! Mais dans le même édito, il est aussi question de « réponses honnêtes ». Franchement, il faut se pincer !
On continue avec « l’agriculture responsable ». Tiens, l’adjectif « raisonné » a disparu, trop connoté sans doute ! Le voilà remplacé par « responsable ». Bien vu ! Cela inspire confiance ! Mais quel est le cahier des charges ? C’est le même que celui de l’agriculture raisonnée… « Parole, parole, parole…».
ID1. Réponse en deux points :
– Nous maintenons que l’agriculture calédonienne surconsomme les phytos. Vous voulez démentir ? Alors communiquez les tonnages utilisés en agriculture, la SAU et faites le ratio !
– Les substances actives SA de nouvelle génération sont efficaces à des concentrations inférieures aux concentrations nécessaires pour des SA plus anciennes. Dans les – 30 % de baisse des importations, une part est donc attribuable à cela et une autre part l’est aux « mauvaises conditions climatiques » (cf p19 rapport activité). Reste un peu pour la part volontaire… Peut faire beaucoup mieux !
ID2. Risque pour la santé. « Diminuer »  les risques ne signifie pas risque absent. Merci d’en convenir. Enfin ! Mais vous ne faites là allusion qu’au risque de toxicité aigue, pas au risque de toxicité liée à une exposition faible mais chronique… Vous semblez ignorer et c’est dommage, qu’en matière de substances mutagènes, cancérigènes, reprotoxiques et de perturbateurs endocriniens, ce n’est plus la dose qui fait le poison. Je vous renvoie à de nombreuses études récentes que vous aurez bien sûr à cœur de vous procurer (rappel : celle que vous m’avez opposée datait du siècle précédent !). La MSA mutualité sociale agricole ( équivalent de la CAFAT pour les agriculteurs) a publié des chiffres alarmants quant aux cancers des agriculteurs utilisateurs de pesticides mais aussi à la santé de leurs enfants. Vous l’ignorez ?
Les phytos sont coûteux (certes mais pas encore assez ! Ils sont détaxés, je le rappelle). En tout cas, moins coûteux qu’un ouvrier agricole (pourtant fort mal rémunéré). Si le choix n’est fait qu’en fonction du coût, c’est tout vu !
ID3. «dans nos assiettes… ». Les contrôles existent, oui. Ils sont encore peu nombreux ; mais surtout leur mise en œuvre et l’exploitation de leurs résultats conduisent à des biais qui leur enlèvent une bonne part de respectabilité… Des exemples ? Des produits végétaux dits « à risque » sont écartés, les producteurs sont prévenus en début de saison des productions qui feront l’objet de contrôle, peu de producteurs sont effectivement contrôlés etc. Vous citez le cas des tomates. Pourquoi un seul résultat ? Les autres sont-ils à ce point peu présentables ?
ID4 et 5. «sans réfléchir… ». Certaines des techniques alternatives que vous annoncez comme d’utilisation courante en NC ne peuvent être mises en œuvre faute d’homologation ! Et globalement, les autres sont trop peu connues en raison du déni dans lequel vous tenez les agriculteurs. Une remarque concernant l’unité de production d’insectes auxiliaires de St Louis : elle est « en phase de développement » et « le laboratoire de mise au point de luttes alternatives est en phase de construction ». Le souci, louable, de rechercher des alternatives est donc très récent  (et j’ai la faiblesse de penser que les pressions exercées par les associations ne sont pas étrangères à son éclosion). Ces outils sont indispensables et nous nous réjouissons qu’ils voient enfin le jour.
ID6. «signes de qualité… ». Là aussi, les actions menées par les associations portent leurs fruits… Les éco consommateurs veulent avoir la liberté de choisir leurs aliments, végétaux en particulier, en fonction du « process » de leur production. Et ils demandent, rappelons-le, que des aides soient prioritairement accordées aux producteurs « propres » ce qui permettra d’abaisser leurs coûts de revient, démocratisera les produits de qualité et valorisera les pratiques respectueuses de la santé et de l’environnement.
Puisqu’il est question d’argent, une dernière question : combien ont coûté ces publications où un tout petit peu de meilleur côtoie tant de pire ? Franchement, quel gâchis ! Nous attendons tout autre chose de la part de prétendus « responsables ».
NB : la CANC reçoit près de 1 milliard de francs d’argent public par an…
Pour EPLP, Martine Cornaille
 
1
  Articles connexes

Commentaires

  1. Gilles-Antoine  avril 28, 2010

    Respect ! Merci Martine d'être qui vous êtes et surtout ne perdez jamais foi dans vos engagements.

    répondre

Ajouter un commentaire