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Pesticides, qui sont les « intégristes » ?

Afin que tout un chacun puisse juger de « l’énormité » des demandes des associations en matière de pesticides agricoles (appelés aussi produits phytosanitaires à usage agricole ou PPUA), EPLP souhaite apporter les précisions suivantes au grand public.
1.     Hiérarchiser les priorités : LA SANTE ET L’ENVIRONNEMENT D’ABORD !
En premier lieu, EPLP exige que la protection des végétaux ne soit plus envisagée pour elle-même mais au travers du prisme de la protection de la santé (des applicateurs et des consommateurs) et de l’environnement. Afin de ne pas perdre de vue ce FONDAMENTAL, il convient de rebaptiser le « Comité Consultatif de la Protection des Végétaux » (CCPV) en lui adjoignant les mentions « pour la Santé et l’Environnement », CCPVSE.
Selon la même logique, les services publics de la santé et de l’environnement ne doivent pas être exclus de cette instance comme cela est prévu dans le projet de délibération (!), mais doivent y siéger et y avoir même un droit de VETO sur les « homologations » locales.
2.     Simplifier : UN SEUL REFERENTIEL.
La Nouvelle-Calédonie n’a pas et n’aura jamais les moyens humains et financiers de réaliser les lourdes études préalables à l’homologation ou à la révision d’une molécule. L’Europe s’est dotée d’une liste positive des molécules autorisées, adoptons-la ! Toutes celles interdites en UE, rejetons-les ! Voilà pour le principe.
Assez de procès d’intention ! Nous avons dit et répété que des dérogations sont envisageables pour tenir compte du fait que des cultures et des pestes inconnues en UE existent ici, mais aussi que des prescriptions particulières peuvent être inapplicables chez nous ou encore que la biodiversité du Caillou « vaut » mille fois celle de l’Europe… Des « exceptions exceptionnelles » dans les deux sens -plus restrictif ou moins restrictif-, pourront être envisagées en CCPVSE. Mais la fréquence et le contenu de ces réunions seront, de fait, considérablement allégés.
Cependant, attention aux arguments fallacieux ! Quand « on » prétend conserver l’endosulfan (cette substance terrible mais tellement bon marché) pour protéger le café du scolyte ou l’avocat de sa punaise, ON SE TROMPE OU ON NOUS TROMPE !
Autres avantages de ce référentiel européen :
         il spécifie pour toutes les molécules et pour toutes les cultures, les LMR (limite maximale de résidu), les DAR (délai avant récolte) acceptables, d’éventuelles prescriptions particulières etc.
         pour tenir compte des avancées les plus récentes en matière de connaissances scientifiques, l’UE effectue une révision annuelle de la liste des substances actives autorisées, dite annexe 1. « On » nous fait le grief d’avoir, depuis 3 ans, présenté « des listes à géométrie variable » mais ceci explique largement cela… La Calédonie s’est jusqu’à présent exonéré de ces révisions/retraits annuels mais ce n’est pas un titre de gloire…
 
3.     Poser les responsabilités…
a) Les étiquettes étant la propriété des fabricants, il est interdit de les modifier. Si la Nouvelle-Calédonie passe outre cette interdiction, elle pourra être poursuivie.
b) Lorsque des pesticides agricoles sont importés de pays non francophones, le problème de la traduction de l’étiquette se pose. L’approximation ne pouvant être de mise pour des poisons, les pouvoirs publics doivent demander au fabricant une étiquette en français. En raison du coût parfois élevé de ce service, on comprendra que les produits issus ou utilisés dans les pays francophones sont à privilégier par les importateurs (car étiquettes en français disponibles sans frais).
c) Aujourd’hui, faute de traçabilité des productions agricoles, un producteur qui serait responsable d’une intoxication ne pourrait être poursuivi. Cela est-il normal ? Et cela n’a-t-il pas d’insidieuses conséquences ?
d) A notre connaissance, AUCUNE sanction n’a jamais été prise à l’encontre des responsables de non conformités. Y compris en cas de récidive… Cela est-il justifiable ? Et là aussi, cela n’a-t-il pas de fâcheuses conséquences ?
4.     Dire le vrai…
a) Une LMR (limite maximale de résidu) n’est pas une limité d’innocuité. C’est un paramètre issu d’un calcul approximatif relatif aux « bonnes pratiques agricoles ».
Circonstance aggravante : afin de ne pas dépasser la LMR d’une substance, les producteurs utilisent des pesticides contenant d’autres substances actives, affectées chacune de sa LMR. Résultat ? Des végétaux déclarés conformes puisque les respectant les LMR mais porteurs d’un cocktail de molécules toxiques dont les effets peuvent se potentialiser !
b) Alors même que des biais inadmissibles existent dans l’échantillonnage des produits locaux, l’UFC-Que Choisir a montré que près d’un végétal sur deux, produit ou importé en Nouvelle-Calédonie, ne serait pas jugé conforme en UE. Les Calédoniens seraient-ils des « sous-gens » ou d’une autre « essence » que les ressortissants de l’UE ?
L’alignement (sauf dérogations strictement encadrées) de nos pratiques sur celles de l’UE est une impérieuse nécessité et… de simple bon sens !
Nous avons tous à l’esprit les conséquences désastreuses de l’exception chlordécone aux Antilles. Ici, ces « exceptions » sont, de fait, légion, et cette situation est véritablement préoccupante.
Les importateurs auront le devoir d’exiger de leurs fournisseurs étrangers des végétaux exempts de telle ou telle substance active non autorisée sur le Caillou. Nous ne serons pas les seuls à le faire (la Nouvelle-Zélande a abandonné l’endosulfan afin de protéger ses exportations vers l’UE) et rendrons service à nos voisins…
Tout cela étant dit, il convient de rappeler que l’utilisation d’intrants de synthèse (pesticides et engrais chimiques) est, au vu des connaissances scientifiques actuelles, un non-sens ; que, de ce fait, la participation des éco citoyens au débat est une formidable preuve de leur ouverture et de leur volonté de prendre en compte les impératifs d’adaptation des professionnels.
En échange de leurs contributions et concessions, les éco citoyens souhaitent que les agriculteurs soient informés des pratiques alternatives et accompagnés, techniquement et financièrement, dans leur mise en œuvre.
5.     Se mettre à niveau…
Le Tribunal administratif de Nouméa a donné trois mois au gouvernement de la Nouvelle-Calédonie pour se mettre en conformité avec la règlementation en matière de pesticides agricoles.
Nous dénonçons par avance la tentation d’une mise en conformité formelle, sans distinguer parmi les molécules et leurs effets (cancérigènes, mutagènes, reprotoxiques, perturbateurs endocriniens, nocives pour les abeilles, la vie aquatique etc).
Outre le retrait de 35 produits commerciaux contenant des molécules ne satisfaisant pas aux conditions d’innocuité sanitaire et environnementale (soit moins de 10% du total), EPLP souhaite avant publication de l’arrêté de régularisation, un complément d’informations relatif :
– aux produits bénéficiant des autorisations les plus anciennes (de septembre 2005 à juin 2007, soit avant notre présence en CCPV) afin de juger de leur statut au regard des dernières avancées scientifiques
– aux produits réhomologués sans passer en CCPV (en mars 2009).
Dans tous les cas, les échéances des homologations officialisées par arrêté ne pourront pas dépasser le terme « normal » dont elles étaient affectées.
Ce n’est pas la règlementation actuelle qui est en cause mais ce qui en a été fait…

Voilà notre logique. Est-elle « polémique » ? A vous de juger !

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