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Un échangeur à 1,5 milliard à l’Etrier ?

Par arrêté n° 1676-2010/ARR/DEPS du 24 juin 2010, une enquête publique relative à l'aménagement de l'échangeur routier dit "de l'étrier" sur la voie express n° 1, au niveau du club hippique du même nom, dans la commune de Nouméa est ouverte du 19 juillet au 9 août 2010.
L’association Ensemble Pour la Planète tient à exprimer sa satisfaction de pouvoir participer à une enquête publique sur un sujet de cette importance quand bien même sa durée et sa publicité apparaissent minimalistes, son commissaire enquêteur, fonctionnaire de la DITTT, possiblement sous influence et, qu’avant son terme, les travaux aient déjà commencé
 
EPLP prend bonne note de la détermination de la Province Sud à s’attaquer aux difficultés de déplacement des habitants de l’agglomération de Nouméa. Nous l’en félicitons tant les embouteillages constituent pour EPLP une préoccupation majeure en matière de qualité de vie des Calédoniens, de gaspillage énergétique et de pollutions, locales et globales.
 
Malheureusement, nous remarquons que l’échangeur de l’Etrier est une nouvelle preuve que les actions provinciales s’articulent ENCORE autour de l’utilisation intensive de l’automobile, et nous le regrettons.
 
A Ensemble Pour la Planète nous pensons plutôt que des alternatives à l’automobile doivent être proposées, défendues et mises en place sans délai.
 
En effet, tant les perspectives socio-économiques (en particulier le renchérissement des carburants et les contraintes budgétaires des collectivités), que les nuisances environnementales liées à l’automobile conduisent la plupart des villes modernes, depuis une vingtaine d’années, à des politiques volontaristes visant à la réduction de l’usage de la voiture. Or, un projet comme celui de l’échangeur de l’Etrier ne s’inscrit absolument pas dans cette dynamique.
 
La réalisation d’un investissement annoncé à 1,5 milliard de FCFP interpelle et doit, particulièrement dans le contexte évoqué ci-dessus, faire l’objet d’un débat public. C’est la raison pour laquelle nous avons demandé à Monsieur le Président de la Province Sud, d’organiser une réunion publique dans les plus brefs délais. Cette rencontre pourrait conduire à l’étude de solutions alternatives qui participeraient d’une politique responsable et respectueuse de l’environnement pour le bien-être des usagers et des riverains actuels et futurs.
 
Si EPLP abonde au constat que « Ducos, 2°quartier le plus peuplé après la VDC et 2° pôle d’emplois de Nouméa connaît des difficultés dans ses accès à pied, en vélo, en moto », elle déplore que les autorités provinciales veuillent, pour solutionner ces points, retenir un projet d’infrastructure routière obsolète qui ne résoudra aucunement ces difficultés. Et si cet échangeur est bien susceptible d’améliorer à court terme UN point noir routier, il sera sans effet positif sur les problèmes de circulation automobile en amont et en aval…
Concernant le dossier soumis à enquête publique, son analyse conduit EPLP à déplorer :
1. Des études préalables peu étoffées (pour le moins !)
Pour un projet de 1,5 milliard de francs nous serions en droit d’attendre des études plus complètes sur les points suivant :
        l’impact de l’échangeur en matière de pollutions locales pour les populations de Rivière Salée, en particulier acoustiques et atmosphériques
        l’analyse des incidences de l’afflux de véhicules sur la sécurité de rues résidentielles de Rivière Salée : des travaux de sécurisation sont-ils prévus ou attend-on qu’un (ou plus ?) enfant se fasse percuter par un automobiliste pressé de rejoindre la voie express ?
        l’étude des déplacements à pied et en vélo des habitants du squat de Caillou Bleu et du quartier Rivière Salée pour proposer la localisation du carrefour la plus appropriée et la moins dangereuse.
2. Une solution qui favorise le  « tout-voiture »
La forme de l’échangeur apparaît particulièrement marquée par l’entêtement à poursuivre dans le système du « tout-voiture » dans le Grand Nouméa:
        les distances sont allongées pour les cycles et les piétons
        le giratoire du côté de Rivière Salée et le carrefour du côté de Caillou Bleu rendent dangereuse l’utilisation du vélo
        la prise en compte des transports collectifs n’est pas mise en avant.
L’échangeur de l’Etrier constitue bien un aménagement issu de la seule logique routière sur laquelle viennent se greffer cycles et piétons dont il est souhaité une « canalisation (des piétons) » ce qui n’apporte qu’une solution ponctuelle aux problèmes de traversées piétonnes (et des accidents associés) sur la voie rapide.
La solution d’un échangeur est trop rapidement justifiée vis-à-vis d’un « carrefour-plan » plus en mesure de véritablement favoriser tous les modes. Cette justification hasardeuse et peu démontrée porte sur trois arguments qu’il nous semble possible de contredire :
a)   le caractère express de la voie rapide à 2×2 voies. Ce dernier devrait être changé ; il est d’ailleurs regretté par le Plan d’Aménagement et Développement (PADD) du Grand Nouméa qui observe : « La croissance très soutenue des trafics contribue au renforcement des problèmes de circulation d’année en année, d’autant qu’aucune alternative crédible à l’usage de la voiture n’est proposée aux habitants du Grand Nouméa. Ce qui est d’autant plus préjudiciable que les principaux axes d’entrée sur Nouméa (VE1 – VE2 et VDE), de part leur statut de « voie express », sont interdits à certaines catégories d’usagers : piétions bien sûr mais aussi cyclomoteurs et motocyclettes légères. »
b)   le traitement des vitesses sur la voie rapide. A notre connaissance les vitesses ne sont pas non plus « traitées » avant le carrefour Berthelot qui est pourtant un carrefour plan. Chiffrer (sans autre explication) ce point par la réalisation de l’ensemble du boulevard urbain relève par ailleurs de la mauvaise foi : il y a des possibilités de traitement ponctuel et progressif.
c)    l’incapacité pour un carrefour-plan d’écouler les flux aux heures de pointe.  Aucune étude ne démontre les propos rapportés d’autant que des solutions avec plusieurs carrefours qui éclateraient les flux peuvent s’avérer pertinentes.
3. Un projet très onéreux témoin d’une vision à court terme
Le projet ne répond pas aux deux grandes orientations du PADD: limiter l'extension urbaine et construire la ville sur elle-même. Un échangeur a pour objet de ne pas gêner les vitesses sur la voie rapide et contribue donc à favoriser l'installation des ménages en périphérie de la ville, loin de lutter contre l'extension urbaine. De plus, la construction de l'échangeur assoit le caractère express de la voie rapide et empêche l'exploitation des alentours qui participerait pourtant à construire la ville sur elle-même.
Le projet d'échangeur est donc un projet à court terme qui ne s'inscrit pas dans les visions à long terme de l'agglomération décrites dans le PADD et qui, en favorisant le tout-voiture, augmente pollutions et dépendance économique à une ressource dont la raréfaction et la flambée du prix sont inéluctables. Mais surtout le choix du tout voiture est une fuite en avant attirant toujours plus d'automobilistes et générant toujours plus de congestion, la « solution » préconisée étant un leurre qui n'atteint nullement son objectif.
Conclusion
Faut-il donc dépenser 1,5 milliard de francs pour construire une infrastructure que nos enfants voudront démolir comme les villes modernes démolissent aujourd'hui autoponts et autoroutes urbaines ?(Extrait de Lyon-Info : « Ce lundi 2 août 2010 ont débuté les travaux visant la démolition de l’autopont de Mermoz à LYON. Construction d’une époque où l’automobile était reine, l’autopont qui défigurait le quartier depuis 1972 devrait disparaitre d’ici le 20 août. Le viaduc était emprunté par 85.000 voitures par jour… »).
Suite à l’étude du dossier soumis à enquête publique relatif à l’aménagement de l’échangeur de l’Etrier, l’association Ensemble Pour La Planète demande que le projet présenté par la Province Sud ne soit pas déclaré d’utilité publique. La nécessité d’un carrefour à cet endroit n'est pas remise en cause mais sa conception mérite de plus amples études et la prise en considérations d'alternatives anticipatrices de l'avenir ce que le choix d'un échangeur ne saurait réaliser.
Les lacunes de ce dossier pour des travaux d’un montant de 1,5 milliards de francs CFP posent de nombreuses questions. Les effets pour les populations environnantes ou sur la sécurité de la circulation ne sont absolument pas étudiés tout comme la possibilité de solutions alternatives.
Le choix d'un échangeur continue donc à favoriser le tout-voiture au grand dam des piétons, des cycles, des riverains et des générations futures. L'investissement colossal de la Province Sud apparaît ainsi comme un véritable gaspillage d'argent public dans une vision à court terme qui ne résoudra nullement la congestion dans des perspectives futures: les effets de ce type d’infrastructure sont en effet bien de générer plus de trafic et finalement plus de congestion. 
EPLP demande ainsi qu'un carrefour-plan soit dûment étudié par un expert indépendant, et que le choix des solutions se fasse sur des considérations urbanistiques, environnementales et humaines et pas uniquement électoralistes.
La construction d'infrastructures routières à foison n'a résolu les problèmes de congestion dans aucune ville du monde (et surtout pas dans celles ayant une configuration de presqu'île comme Nouméa !). C'est pour cela que ces infrastructures sont aujourd'hui détruites.

Les solutions avancées par la PS ne résoudront pas la congestion du Grand Nouméa, c'est un mensonge de le croire ou une incompétence digne des ingénieurs des années 60 (mais eux ils avaient le droit de ne pas savoir…).

                                                                                                                                 Pour EPLP, la Présidente
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Commentaires

  1. Tonton Marcel  août 17, 2010

    J’ai bien noté sur RRB que M. Brial donnait raison à EPLP en remarquant que l’échangeur était un projet à court terme…

    Est-ce qu’on se fout de notre porte-monnaie ? Est-ce que cet échangeur sera détruit dans 15 ans ?

    répondre
  2. BERODE  août 17, 2010

    Encore un projet à court terme ou peut être celui-ci court-il après le temps ??? Encore un projet qui va dans le sens PLUS de voitures à circuler, PLUS de béton, goudron, étron étron petit patapon, plus à consommer, PLUS de … PLUS de …………. Peut être qu’un jour ( ce devait être hier !) l’on pourra ressortir l’idée d’un transport en commun économique et pratique entre Tontouta et Nouméa (incluant le grand Nouméa bien sur !) Navettes électriques à 100 francs, mono-rail suspendu etc, etc je ne suis pas « le spécialiste » d’autres sont bien meilleurs. Mais enfin je n’aime pas le béton et le fric vite fait dans des commissions pseudo-occultes qui ne font sourire que ceux qui les empochent !
    Peut-on proposer des alternatives ? Comment faire pour arrêter ces projets destinés seulement à  » tomber de grasses commissions  » le plus rapidement possible avant …. ?
    Ne parlons pas de politique ……………. le sujet est sensible !

    Jipé Bérode

    répondre
  3. Gilles-Antoine  septembre 1, 2010

    Bravo encore une fois, tout est dit Madame la Présidente ! Pour exister, gouverner, être crédible auprés des électeurs et gérer les affaires de la collectivité, il n’est plus nécessaire de dépenser inutilement avec grande largesse l’argent public. Ceci n’est plus un signe de grandeur !

    Stop au tout-voiture, à moins que nos élus garantissent à la population calédonienne une baisse consséquente et durable dans le temps du prix du pétrole…. Ce qui serait un mensonge de plus !

    Stop aux polution sonores et de l’air, engageons nous dans une politique enfin capable de limiter et de réduire les dangers de la route. N’est-il pas grand temps pour nos élus et leurs techniciens spécialisés et qualifiés de travailler sèrieusement et ardemment sur l’étude des solutions d’alternatives anticipatrices de l’avenir ????
    Lorsque l’on a la volonté de vouloir s’assumer (transferts de compétences) d’innover (signes identitaitres) on doit au moins avoir le courgage de se projetter en avant. Est-ce que ce projet d’échangeur est un projet d’avenir pour nos enfants ??? Si non qu’attendons nous pour revoir la copie ???

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