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On a toujours besoin d’un plus petit que soi…

Les sols abritent  sans doute plus de 80% de la biomasse du monde et plus du quart des espèces de la planète (aux premiers rangs desquelles des bactéries et des champignons microscopiques, des microarthropodes, des vers…). Une cuillerée à café de « terre » peut contenir des millions d’individus appartenant à des dizaines de milliers d’espèces différentes. Les sols tirent leur force de la vie, des gènes, des espèces et des communautés qu’ils abritent. 2010 est l’année  mondiale de la biodiversité. Mais ignorée, méprisée, qui se préoccupe de cette humble biodiversité-là ? Et pourtant…
 
Le sol est un écosystème riche qui possède de nombreuses fonctions. Il recycle les déchets organiques, est essentiel au cycle du carbone et de l’eau; il décontamine les terres polluées et fournit des matières premières permettant ainsi l’épanouissement des plantes, des animaux et des hommes qui vivent au-dessus de lui.
 
A contrario, une mauvaise gestion de la vie des sols est susceptible d'aggraver les phénomènes d’érosion et de changement climatique, de compromettre la qualité des eaux souterraines et de faire peser des risques graves sur les productions agricoles. Alors que la population mondiale devrait atteindre neuf milliards de personnes d’ici le milieu du siècle, la santé des sols sera essentielle pour la sécurité alimentaire de demain, y compris la nôtre.
 
Essentielle au cycle de l'eau et du carbone ainsi qu’à l'agriculture, cette vie souterraine est malmenée par les activités humaines : pollutions, expansion urbaine, extraction de ressources naturelles, pratiques agricoles conventionnelles… Parmi ces dernières, le labour profond et régulier des sols, l’utilisation d’engrais et de pesticides de synthèse, l’élimination des résidus de récolte et le recyclage insuffisant des matières organiques. A cause d’elles, le sol perd ce qui le structure et le fertilise.
 
Les organismes du sol travaillent le sable, l’argile…, formant des structures et des habitats qui aèrent le sol et laissent pénétrer l’eau. Certaines espèces de champignons, par exemple, produisent une protéine collante qui lie les particules du sol et les stabilise. Le passage de lourds engins mécaniques entraîne tassement, imperméabilisation et asphyxie. L’utilisation d’engrais et de pesticides de synthèse, poisons puissants et non discriminants, provoque  une hécatombe. Au total, c’est un véritable massacre…
 
L’appauvrissement en matière organiquedes sols provoque la famine de tous les « travailleurs » qui vivent sous la terre. Par ailleurs, l’irrigation inappropriée ou la suppression de la biomasse résiduelle (telle que la paille), éliminent les éléments nutritifs des sols et empêche le recyclage et la reconstitution de la matière organique qui assure le nourrissage des organismes qui y vivent.
La salinisation est une forme de pollution qui peut être due à une irrigation mal conduite.
 
Une unité de production ne fonctionne que si tous les salariés exécutent les tâches pour lesquelles ils sont qualifiés. Des problèmes surgissent lorsque, en raison d’absences ou d’un manque de compétences, la main d’oeuvre devient insuffisante pour effectuer le travail. La production cesse alors. C’est la même chose dans le sol. Plusieurs espèces sont en mesure de se remplacer mutuellement mais seulement jusqu’à un certain point. Si la moitié de la main d’œuvre tombe malade, cela aura de graves répercussions sur la production de l’unité… C’est ainsi que les végétaux poussant sur des sols modifiés voire morts, sont mal nourris et fragilisés. Ils ne peuvent plus se défendre contre parasites et ravageurs qui prolifèrent alors. Circonstance aggravante, des prédateurs naturellement présents dans les sols et dans les champs sont sacrifiés par la chimie et la monoculture (qui de surcroît favorise l’explosion des populations d’indésirables). C’est la fête chez les pique-assiettes ! 
 
En revanche, une végétation diversifiée (polyculture) favorise le maintien des écosystèmes au-dessus et dans le sol ce qui réduit l’incidence des espèces nuisibles. Tirer parti de cette lutte naturelle contre les nuisibles peut donc permettre de se passer des intrants issus de la pétrochimie, engrais de synthèse et pesticides (qui, outre le fait de nuire aussi aux insectes utiles, peuvent avoir d’autres conséquences dramatiques, en particulier sanitaires ou encore climatiques).
 
Diverses méthodes ont été utilisées pour estimer la valeur économique de la biodiversité des sols; toutes ont conclu que l’argent dépensé pour protéger la biodiversité des sols est un bon investissement.
L’une des méthodes de calcul consiste à considérer le prix des produits finis (aliments, fibres…) que les organismes du sol contribuent à produire. On peut aussi envisager leur utilité, en demandant aux consommateurs ce qu’ils seraient prêts à payer pour les services fournis. Une autre option consiste à identifier le coût d’un produit de remplacement ayant la même fonction : par exemple, le coût des engrais et des pesticides qui veulent « remplacer » l’activité des organismes du sol, et inclure les coûts engendrés par la réparation des dommages causés par l’absence d’un écosystème sain, tels que la dépollution, l’érosion ou les inondations.
Une étude américaine datant de 1997 a indiqué que la valeur économique mondiale de la biodiversité des sols s’élevait à environ 1 500 milliards de dollars par an. Même si les chiffres datent, c’est une véritable fortune, irremplaçable fortune !
 
L’agriculture conventionnelle participe à hauteur de 20 % au changement climatique, changement qui  aura probablement des répercussions sur les organismes du sol, que ce soit de manière directe, en modifiant leur habitat et la chaîne alimentaire, ou de manière indirecte, par une aggravation de l’érosion, des sécheresses, des incendies, etc.
 
L’appauvrissement de la communauté sol peut être définitif, sans aucune chance de reconstruire l’organisation complexe qui la caractérise. Pourtant, alors que les preuves de la dégénérescence des sols sont manifestes, politiques et professionnels semblent impassibles.
 
Alors que faire ? Dans le désordre et de façon non exaustive…
Informer et former les producteurs aux productions biologiques et intégrées, aux semis directs, à l’agroforesterie et autres techniques durables.
Ne plus encourager mais au contraire franchement décourager financièrement l’utilisation des pesticides et des engrais synthétiques ainsi que des engins agricoles lourds.
Réserver les subventions aux professionnels intégrant à leur gestion des terres des mesures de protection de l’environnement.  
Règlementer sévèrement les épandages de lisiers et autres boues.
Prendre en compte les services rendus par les ruraux, autres que marchands (entretien des paysages, protection de la biodiversité, de la qualité de l’eau, de l’air, des sols…) et favoriser le maintien à la terre de toutes populations rurales, y compris celles réalisant des productions non commerciales.
Réfléchir « ensemble » au bien-fondé « global » des choix de développement et des politiques agricoles et sociales mises en œuvre par la Calédonie.
Faire un état des lieux de nos sols. *
 
*Pour cela, EPLP a proposé à de nombreuses institutions du territoire de s’associer afin de financer le déplacement en Nouvelle-Calédonie du Pr Bourguignon, directeur du LAMS. Pour réunir la somme nécessaire, EPLP a entrepris des démarches voici plusieurs mois et a effectué de nombreuses relances. A la date d’aujourd’hui, pas de réponse favorable de quelque organisme que ce soit. La somme à réunir (2 millions de frais de déplacement, d’hébergement, d’analyses et de conférences) équivaut aux frais engagés pour quelques cocktails ou quelques voyages. Mais non, rien ! Les connaissances des décideurs politiques, des professionnels et du grand public sur la vie de nos sols, sa préservation et sa restauration mériteraient pourtant d’être améliorées.
 
La perte de la biodiversité et le changement climatique sont les deux problématiques les plus pressantes de notre temps. Les « coupables » concourant à ces deux « crimes » sont certes nombreux mais l’agriculture conventionnelle est impliquée dans les deux. La victime envisagée ici, la biodiversité des sols, constitue aussi l’une des réponses à ces deux défis. Protéger les sols doit être une priorité pour ce qui reste de 2010 et au-delà.
Pour EPLP, Martine Cornaille
 
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