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Déclaration liminaire d’EPLP au CES

Mesdames et messieurs, EPLP vous remercie de cette audition. Avant de donner la parole à Mme PIOT, architecte, je souhaite vous donner lecture de quelques considérations générales.
Le choc imminent de la crise énergétique bouleversera toutes les sociétés, dans tous les domaines, sur tous les continents et notre archipel n’y échappera pas. Il y sera même particulièrement exposé en raison de sa formidable dépendance aux énergies fossiles (plus de 98%).
Les armées étatsunienne et allemande, les Lloyds (pourtant peu bavardes d’ordinaire !) tirent la sonnette d’alarme : le « peak oil » n’est pas pour demain mais pour aujourd’hui… Le malheur n’arrivant jamais seul, outre que nous n’avons plus guère de temps pour nous préparer, nous n’avons aussi plus guère de moyens financiers pour faire face. Et la volonté politique manque encore…
Les écologistes n’ont eu que le tort d’avoir raison trop tôt. Ils ont lutté depuis trente ans pour que ces catastrophes annoncées ne se produisent pas. Ils ont sans doute échoué. Mais ils défendent encore l’optimisme de la volonté contre le pessimisme de la raison et c’est pourquoi ils sont devant vous.
Alors, quelles villes pour demain ?
Nous nous attacherons d’abord aux transports.
I. Transports. Dans les écosystèmes ou les organismes vivants, on connaît les boucles de rétroaction positive dans lesquelles un événement perturbateur déclenche un ou des événements aggravants.
De telles boucles se rencontrent aussi dans d’autres domaines… Prenons l’exemple d’un conseil municipal ou d’une province confrontés à la congestion automobile. La solution mise en œuvre est symptomatique : créer une bretelle, construire un échangeur, supprimer un rond-point etc. pour « fluidifier ». Mais quid des problèmes amont et aval ? Ceux-là ne sont pas traités ! Et c’est ainsi qu’au fond, rien n’est réglé mais que de l’argent public (rare !) est gaspillé. Les opposants à ces remèdes systémiques dont nous sommes demandent une modélisation prenant en compte 7 variables et permettant de prévoir l’évolution du système. Dans le cas qui nous occupe, la construction d’infrastructures routières :
1)     Le nombre de véhicules en circulation : il augmentera.
2)     La qualité de l’environnement : elle se dégradera.
3)     La sécurité des usagers, de TOUS les usagers de la route : piétons, cyclistes, 2 roues motorisés : elle diminuera (ce qui augmentera encore le nombre de voitures dont les conducteurs voudront se mettre en sécurité).
4)     La dépendance à l’automobile : elle se renforcera.
5)     La congestion amont et aval : elle sera croissante.
6)     L’offre de transports publics : elle décroîtra faute de financement et d’efficacité.
7)     La viabilité économique de l’industrie des travaux publics : elle augmentera.
L’observation de la dynamique du système montre de nombreuses rétroactions positives qui font que le conseil municipal et la province qui ont opté pour un échangeur par exemple n’ont fait, au final, qu’aggraver le problème initial.
La seconde solution, la seule efficace est de réduire SANS DELAI la dépendance à l’automobile en renforçant l’offre de transports publics et en développant les modes doux sécurisés (marche, vélo).
Il ne faut pas perdre de vue qu’à plus ou moins court terme, le prix des carburants sera prohibitif (et là, les véhicules particuliers seront moins nombreux !). Pour cette raison aussi, il incombe aux autorités de proposer sans attendre des alternatives efficientes aux déplacements automobiles sous peine de graves désordres, sociaux et économiques.
Après les transports, envisageons la cité.
II. La cité.
Le Grenelle de l’environnement a insisté sur la nécessité d’entreprendre un effort qualitatif et quantitatif de construction et d’aménagement de villes ou « morceaux de ville » véritablement durables.
Les innovations toucheront aux aspects urbanistiques, architecturaux, sociaux et énergétiques.
            A/ le pilier environnemental
1) Maîtrise de la consommation d’espaces naturels et agricoles. La puissance publique fait en sorte que les terres agricoles sont maintenues et pas loties ! Le foncier dans lequel elle investit facilite l’installation de jeunes agriculteurs par le biais de baux de longue durée. Les espaces bâtis jouxtent les espaces naturels et agricoles. Ils ne sont pas « à part », « en-dehors ».
Les sites polluées ou délaissés sont reconquis.
Les sites naturels sont intégralement préservés.
2) Préservation et restauration de la biodiversité sous toutes ses formes. Plantation d’espèces autochtones exclusivement, exclusion des pesticides non agricoles (entretien de la voierie, des espaces verts, des terrains de sport…) etc.
3) Travail sur la qualité des paysages et du cadre de vie. Encadrement de la publicité, traitement paysager des voies, architecture océanienne…
3) Lutte contre le réchauffement climatique. Obligations de respect des normes BBC, modèles d’urbanisme et de transports sobres en énergie (donc pas de tours et moins de voitures) ; objectifs : ville sans pétrole et sans émissions de CO2. Mise sous tension des collectivités dans l’optique de l’atteint du facteur 4 en 2050.
4) Adaptation au changement climatique. Le réchauffement climatique et la montée des eaux vont aggraver les risques. Afin de diminuer la vulnérabilité des biens et des personnes, EPLP demande que soit mise en œuvre une politique de prévention des risques naturels (par la révision des zones inondables ou exposées aux glissements de terrain) ainsi qu’une adaptation des caractéristiques de l’urbanisme, des revêtements urbains (privilégier la « terre » dans les jardins publics et éliminer le béton, le coaltar, la brique … imperméables) et des bâtiments (ex. matériaux renouvelables et pas granulats et ciment, deux circuits d’eau –eau non potable pour circuit hygiène-, récupération eaux de pluie, toitures et murs végétaux, ventilation naturelle…). But : recherche de la sobriété carbone dans la construction, l’urbanisme et les transports.
5) Gestion exemplaire des eaux, prévention de la production de déchets et développement de leur valorisation. Que dire d’une ville de plus de 100 000 habitants qui, en 2010 ne connaît pas le tri sélectif ? Que penser de la même ville dont 70% des eaux usées rejoignent le lagon sans aucun traitement ?
6) Prévention des risques industriels, de la pollution, des nuisances sonores et olfactives (voir exemples récents de la baie de Tindu et des boues du Mont Té !). Le « traitement » réservé à ces quartiers (et à quelques autres !) est source de rancœurs et de conflits…
            B/ Le pilier économique
1) Durabilité de la dynamique économique attendue. Voir l’exemple précédent des transports : l’augmentation de la viabilité économique du secteur des travaux publics est-elle DURABLE ?
2) Développement de l’économie LOCALE et des circuits COURTS favorisant la création d’emplois durables bien répartis (petits commerces, agriculture de proximité, services –publics et privés-…).
3) Pertinence du rythme et de la nature des constructions avec les dynamiques sociale, culturelle et économique du territoire.
4) Développement du numérique avec notamment le très haut débit internet et du mobile pour TOUS. Les coûts de connexion sont encore exorbitants sur le territoire ce qui constitue une fracture sociale. Certains de nos jeunes (scolaires et étudiants), très nombreux,  sont de fait, pénalisés. Les jeunes ont une véritable passion pour cet outil. Le rendre accessible éviterait sans doute bien des actes délictueux dont nous avons à pâtir… Et ne perdons pas de vue, qu’internet, ce ne sont pas seulement les jeux mais aussi un formidable moyen d’accéder à la connaissance.
Avec la généralisation de l’accès internet, on pourrait d’autre part envisager le développement de l’e-administration (état-civil, identité, fiscalité, remboursement soins, formation en ligne…). Cela réduirait considérablement les déplacements ! CQFD !
5) Maillage par réseau dense de transports avec priorité absolue aux transports en commun et aux modes doux SECURISES se traduisant par un NOUVEAU PARTAGE DE LA VOIERIE. Objectif : favoriser le report modal et la complémentarité entre les différents modes de transport. Assurer des dessertes de première qualité des grands équipements, notamment les établissements de soins, les établissements scolaires et de formation, les grands pôles d’emplois (ex. Ducos, centre administratif…).
            C/ Pilier social et sociétal
1) Coordination du traitement entre les différents quartiers (nouveaux/anciens et à différents types d’habitat donc de population).
2) Mixité sociale et développement des capacités d’accueil DECENT des catégories les plus fragiles dans une logique d’inclusion sociale : personnes à faibles revenus, handicapées, âgées. Il faut dès à présent intégrer le vieillissement de la population calédonienne ! Le taux d’équipement du territoire en matière de maisons de retraite, de centres d’accueil médicalisés pour personnes âgées est d’ores et déjà notoirement insuffisant.
3) Favoriser l’implantation dans le projet de ville des services à la personne facilitant l’emploi de proximité (et e ce fait, le maintien à domicile des personnes âgées).
4) Mise en place d’une gouvernance transparente et participative. Le PUD de Nouméa et les autres schémas d’agglomération ont été élaborés sans consultation des associations environnementalistes.
5) Préservation ou instauration d’équilibre habitat/emplois pour le maintien ou l’amélioration de l’équilibre fonctionnel du territoire.
 
 
                                                                       CONCLUSION
 
Agir aujourd’hui en pensant à demain, tel est le précepte à appliquer en matière d’urbanisme et de transports, comme de santé et de développement…
 
 
 
 
Addendum :
1)    Le développement de la zone VKP nous semble anarchique et prenant peu en compte les impératifs du développement durable…
2)    L’atteinte de nombreux objectifs cités ci-dessus suppose que les Calédoniens bénéficient de nouvelles formations. On pense par exemple aux énergies renouvelables, au travail des matériaux écologiques dans la construction, aux techniques agricoles de préservation etc. Il convient donc de créer au plus tôt des filières de formation initiale ou continuée dans tous les domaines concernés par le développement durable.
 
 Pour EPLP, Martine CORNAILLE
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Commentaires

  1. Gilles-Antoine  novembre 19, 2010

    Au moins cela a le mérite d’avoir été dit et écrit. Ensuite on ne peut que croiser les doigts pour que cela soit réellement entendu et pour que nos décideurs enfin conscientisés s’éveillent au changement tant attendu. On veut y croire ! A suivre…

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