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Les arguments de la Chambre d’agriculture

Nouméa, le 10 décembre 2008

Lettre ouverte à Messieurs les Présidents d’UFC Que choisir et de EPLP

Mesdames, Messieurs,

Vous avez diffusé très récemment des résultats d’analyses sur les fruits et légumes locaux, qui une fois de plus, portent le discrédit auprès de nos concitoyens sur le professionnalisme des agriculteurs.

Nous sommes très surpris que vous vous insurgiez du fait que l’ensemble des fruits et légumes testés contient des résidus de produits phytosanitaires : « cocktail de pesticides ». Puisque vous avez testé des productions issues de culture en mode conventionnel, il est logique que ces fruits et légumes contiennent des résidus : l’utilisation des produits phytosanitaires caractérisant la culture conventionnelle.

Comme vous le précisez, les résidus trouvés dans la grande majorité des cas, le sont à des valeurs en dessous des Limites Maximales. Ces produits testés ne présentent donc aucun risque pour la santé humaine.

Nous nous permettons de vous rappeler comment est calculée la LMR, afin de rassurer vos adhérents et sympathisants : lorsque la dose sans effet sur l’animal le plus sensible à la molécule active est connue, on divise cette dose par 100 pour obtenir la dose journalière tolérable. Cette dernière est ensuite répartie en fonction de la ration alimentaire moyenne, ce qui permet d’obtenir la LMR. Les toxicologues, très attentifs à la santé humaine, ont donc pris des précautions importantes pour garantir notre sécurité alimentaire.

Concernant les fraises que vous avez stigmatisées avec une certaine dose de démagogie : les analyses indiquent des dépassements de LMR, mais comme cela vous a été précisé par nos services et par ceux de la DAVAR, les normes calédoniennes sont nettement inférieures à celles des pays dont nous importons des fruits et légumes. Pour un des deux produits (le chlorotalonil), la LMR étant 30 fois inférieure à la valeur métropolitaine, le producteur est donc de facto en dépassement de LMR même s’il respecte scrupuleusement la dose prescrite et les délais avant récolte. Selon vos chiffres,  les fraises locales incriminées ont de bons résultats au regard des législations Australienne et Néo-zélandaise, on peut donc se demander pourquoi vous n’avez pas demander la suspension immédiate des licences d’importations des fraises et autres fruits rouges de ces pays, alors que les importateurs s’apprêtent à en faire venir pour les fêtes de fin d’année ?

Certes, le plan de surveillance de la DAVAR révèle encore en 2008 des dépassements de LMR et des traitements avec des matières actives non homologuées. Comme vous, nous ne pouvons accepter cet état de fait. Mais faut-il décrier toute une profession simplement parce que quelques-uns ne sont pas sérieux ? Dans chaque profession, il existe une immense majorité de personnes honnêtes et travailleuses, et quelques individus moins scrupuleux.

Vous préférez constater les quelques manquements plutôt que les efforts mis en œuvre par la profession (orientation vers un modèle plus raisonné d’agriculture, développement de la protection biologique intégrée, diminution de la consommation de produits phytosanitaires,…), c’est votre choix.

Il me parait cependant nécessaire de vous rappeler que  les agriculteurs calédoniens sont soumis à l’une des règlementations les plus strictes pour la santé humaine de la région Pacifique. Il n’est pas certain que les fruits et légumes importés soient meilleurs pour les consommateurs. Les résultats du plan de surveillance 2008 révèlent justement 35 % de dépassement des LMR sur les fruits et légumes importés contre 7% de dépassement pour les locaux (LNC du 05 décembre 08). Et nous ne mentionnons pas leur coût écologique !

Une dernière remarque : vous appelez à réduire l’utilisation de produits phytosanitaires. C’est notre vœu également. A une condition cependant : que cela ne soit pas au détriment de la santé humaine. Car sans certains traitements phytosanitaires, le développement des mycotoxines peut être bien supérieur. Or les mycotoxines peuvent être hautement cancérigènes à de faibles doses.

Nous n’oublions pas que nous nourrissons nos concitoyens. Nous façonnons également le paysage depuis des décennies. Nous cultivons nos terres avec passion et sérieux. Nous ne pouvons accepter que vous nous fassiez passer pour des pollueurs et des empoisonneurs.

Votre surenchère médiatique ne permettant pas d’apporter des réponses claires et précises aux préoccupations des calédoniens,  nous restons comme toujours à votre disposition pour débattre de vive voix avec les agriculteurs concernés.

Nous vous prions d’agréer, Messieurs les Présidents, Mesdames, Messieurs, l’expression de nos salutations distinguées.

Le Président,

Gérard PASCO

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