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Protection et gestion de la biodiversité

II.               État des lieux de la Biodiversité en Nouvelle-Calédonie

L’origine gondwanienne et l’insularité de la Nouvelle-Calédonie ont façonné sa faune et sa flore. Celles-ci présentent une originalité et une richesse, tant au niveau terrestre que marin, qui font de la Nouvelle-Calédonie un des hauts lieux de la biodiversité mondiale.

Cette richesse s’exprime à travers le grand nombre et la grande variété des espèces endémiques, dans presque tous les domaines du vivant.

Aucune autre région du monde ne présente autant de spécificités dans sa biodiversité sur une surface aussi réduite.

Parmi les représentants les plus remarquables, on peut citer :

  • les Araucariacées (18 des 40 espèces présentes sur la planète)
  • le Parasitaxus ustus (seul conifère parasite au monde)
  • les palmiers (la famille compte ici 38 espèces, dont 37 sont endémiques),
  • le Rhacodactylus leachianus, (le plus grand gecko du monde),
  • le Cagou, emblème de la Nouvelle-Calédonie et unique représentant d’une famille endémique.

Véritable « musée du monde », la Nouvelle-Calédonie attire autant l’attention des plus grands scientifiques mondiaux que celle des amateurs.

Sa biodiversité remarquable est cependant menacée.

  • Une première vague de destructions s’est produite avec l’arrivée de l’homme il y a 3 000 ans de cela. Certains milieux ont, dès cette époque, particulièrement souffert des activités humaines.

Ainsi en est-il de la forêt sèche qui, sous l’effet des feux sur brûlis à répétition et des défrichements, a vu sa surface se réduire considérablement entraînant, la chasse aidant, la disparition d’espèces animales qui ne sont plus aujourd’hui connues qu’à l’état de fossiles: Sylviornis, mégapode, varan, crocodile et tortue terrestre…

C’est aussi à partir de cette époque qu’ont été introduites les premières espèces animales envahissantes: rat polynésien, chien…

  • Avec l’arrivée, il y a deux siècles, des européens s’est enclenchée la seconde vague de destructions qui se poursuit encore et qui a tendance à s’accélérer, atteignant ainsi une ampleur jamais égalée jusqu’alors.

Aujourd’hui, dans un contexte où la prise de conscience, tant de la population que des pouvoirs publics, demeure encore insuffisante, ce sont le feu, les exploitations minière ou forestière mal gérées, le braconnage et les trafics en tous genres, les espèces animales et végétales envahissantes, aussi bien que l’urbanisation et la pollution qui constituent les principales menaces qui pèsent sur la biodiversité néo-calédonienne.

  • Ces atteintes sont révélatrices de dispositifs réglementaires et de moyens pour les faire appliquer nettement sous-dimensionnés.

  • Pour certaines espèces, telles le Râle de Lafresnay, la cause semble être entendue (il est considéré comme disparu). Pour d’autres, la situation est grave (dugong, tortues marines, Perruche d’Ouvéa, …) ou critique (palmier Pritchardiopsis jeanneneyi dont il ne subsiste plus qu’un seul pied adulte).

Ainsi, du fait de la richesse exceptionnelle de sa biodiversité, mais aussi, des menaces auxquelles celle-ci est confrontée, la Nouvelle-Calédonie s’est vue attribuer par les instances scientifiques internationales, le titre peu enviable de « hotspot » de la biodiversité mondiale (34 hotspots sont identifiés dans le monde).

II.        Propositions de l’association Ensemble Pour La Planète

II.1.      MESURES URGENTES et/ou APPLICABLES IMMEDIATEMENT

II.1.a.1. Création d’un conservatoire des espaces naturels (CEN) pour les forêts humides et sèches, le maquis minier, les mangroves, les écosystèmes d’eau douce, les milieux marins.

Ce CEN serait une structure mixte associant collectivités, chercheurs et associations de protection de la nature dotée de moyens financiers, humains et logistiques nécessaires. Il aurait entre autres pour missions de :

centraliser les données,

* élaborer et lancer des programmes d’étude,

* déterminer les zones de protection prioritaire,

* définir les priorités d’action et de gestion de cette biodiversité (plans de sauvegarde des espèces menacées, …),

* procéder à l’acquisition foncière de sites prioritaires,

* diffuser et vulgariser les connaissances acquises auprès du grand public et des décideurs en collaboration avec d’autres organismes (CIE…),

* développer et mettre en œuvre des outils adaptés pour assurer le financement pérenne des activités diverses de conservation.

II.1.a.2. Réalisation de l’inventaire spatialisé exhaustif des habitats et des espèces (faune, flore) et en faire l’outil permettant :

* la définition du statut UICN des espèces (niveau de vulnérabilité),

* l’identification des zones prioritaires de conservation (ZNIEFF : Zones Naturelles d’Intérêt Ecologique Faunistique et Floristique, AZE : Alliance zéro extinction, KBA : zones clés pour la biodiversité…),

* le développement des stratégies de conservation et d’aménagement du territoire.

* Avec des zones qui doivent être soigneusement identifiées et primer sur le droit d’exploitation du sous sol,

* l’établissement d’un réseau d’aires protégées représentatives de la biodiversité calédonienne et cohérente par rapport au développement des différents secteurs économiques (Il convient, en matière de conservation de la biodiversité, de dépasser le concept de formation végétale trop large, défini sur la notion de structure globale et de prendre en compte les unités et sous unités floristico-écologiques. Ainsi, les maquis sur sols hypermagnésiens des zones les plus sèches de la côte Ouest (Gatop, Vavouto, Cap Devert, Paagouméne, Tinip, Tiaoué…) sont dans ce cas).

* l’adoption d’un code de l’environnement dans chaque province.

II.1.a.3. Adoption des mesures juridiques urgentes de protection des espèces de faune et de flore autochtones vulnérables et menacées,

En s’inspirant du Code de l’Environnement métropolitain (Article L.411-1 et suivants, article 414-1 et suivant sur les sites Natura 2000 et 415-1 et suivants) ainsi que la Directive n°92/43CEE du Conseil du 21 mai 92 et de ses annexes). Des mesures de ce type peuvent être appliquées en Nouvelle-Calédonie sur la base des connaissances disponibles à l’IRD.

II.1.a.4. Mise en place d’un Plan d’action feu Nouvelle-Calédonie :

* coordination des acteurs et des moyens,

* sensibilisation, prévention,

* suivi, surveillance,

* lutte,

* mesures répressives et incitatives,

* restauration, gestion de l’espace rural.

A cette fin, nous demandons d’ores et déjà l’application stricte des Rapports Bousses, et tout particulièrement :

* l’application du Code des Communes et la création de Centres de Secours équipés en hommes et en matériel dans les Communes où il n’y en a pas encore (En 2004, seules 10 communes sur 33 avaient un Centre de Secours),

* l’amélioration de l’équipement des Centres existants par du matériel et des véhicules adaptés (camions à chenilles…)

* l’organisation à l’échelle du Pays de la coordination des moyens et des réseaux par un commandement central de la Sécurité civile, un plan d’intervention de type Plan Orsec et une harmonisation des moyens de communication

* la mobilisation, en cas de besoin par convention, des moyens de l’armée (hélicoptère de transport d’hommes et d’eau- 3 000 litres)

* l’implication, par un travail de proximité, des populations locales, dans la prévention, la lutte, la répression et la réhabilitation des sites,

* la poursuite, en amont, de la sensibilisation et de la prévention en luttant contre les causes du feu.

Nous demandons notamment que soit mis un terme, et ce dès cet été :

* à l’utilisation d’engins inflammables par les forces armées dans le cadre de leurs manœuvres, en périodes de sécheresse,

* à la vente et à l’utilisation des feux d’artifices par des particuliers.

II.1.a.5. L’organisation d’une politique de lutte contre les espèces envahissantes.

* Par une coordination des services compétents (phytosanitaire et zoosanitaire, douanes, services provinciaux de l’environnement…).

* Par l’application de mesures appropriées pour empêcher ces espèces de porter atteinte à la biodiversité locale :

1.       évaluation du coût des impacts économiques et environnementaux consécutifs à l’introduction d’espèces indésirables,

2.       procéder à une étude d’impact avant toute introduction d’espèce exogène,

3.       organiser auprès du public des campagnes de sensibilisation sur les dangers des espèces envahissantes (tortues de Floride…) et la difficulté de leur éradication de ces espèces,

4.       contrôler les populations de cerfs afin que leur pression sur le milieu n’empêche pas la régénération de celui-ci, mettre en défens certains secteurs particulièrement menacés,

5.       organiser un dispositif de « biosécurité « comportant un contrôle des passagers, la formation des personnels, la coordination des services, le contrôle des ports et des marchandises importées (ex : charbon…), l’instauration de périmètres de sécurité…

6.       identifier toutes les espèces envahissantes et mettre en œuvre les mesures les plus adaptées (Contrôle des introductions, interdiction d’introduction d’espèces potentiellement invasives et des lots de semences dont la pureté n’est pas garantie).

II.1.b. AUTRES MESURES

* Création d’un corps de gardes-natures s’inspirant de l’ONCFS en Métropole.

* Embaucher au niveau des collectivités et former des gardes-natures, ayant la fonction de guetteurs, chargé de donner l’alerte en cas de feu, mais aussi de sensibiliser les populations. Ces personnes pourraient également faire office de garde chasse ou de garde pêche, chargés de faire respecter les réglementations.

* Adoption d’une réglementation pour la protection du littoral concertation étroite avec les populations riveraines notamment autochtones.

* S’assurer que le Comité consultatif de l’environnement soit un outil réellement opérationnel et réactif avec une régularité de réunions de travail permettant la formalisation officielle des réponses aux problèmes environnementaux (exemples: plan d’action feu, schéma de valorisation des ressources minières et code de l’environnement).

* Application à tous les niveaux (industriel, ménager) du principe de pollueurs-payeurs et réinvestir l’argent collecté dans des projets environnementaux.

* En particulier le secteur impactant de l’activité minière devra verser une partie de ses bénéfices au profit d’un fonds pour l’environnement.

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