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Un plan éco-phyto, c’est notre affaire à tous !

Par courrier en date du 30 octobre 2010, EPLP proposait à Monsieur le Président de la Chambre d’Agriculture d’engager conjointement une démarche auprès du gouvernement visant, d’une part, à doter la Calédonie d’un plan éco-phytosanitaire et, d’autre part, à la reprise des ateliers destinés à réformer la règlementation en vigueur. Au mépris des plus élémentaires règles de courtoisie, ce courrier n’a pas obtenu de réponse mais le 24 janvier 2011, la CANC a largement communiqué dans les médias sur sa volonté de conduire un tel plan. Eh bien, EPLP n’est pas d’accord et voici pourquoi…

Un plan de ce type visant à réduire la consommation de « pesticides » a été élaboré en 2007 en métropole avec une déclinaison DOM. Il a fixé pour objectif de « réduire de 50% cette consommation en 10 ans, si possible ». Il a été conçu lors du Grenelle de l’environnement avec l’ensemble des parties prenantes : élus, administrations, professionnels, scientifiques et associations, ces dernières n’étant pas ostracisées… C’est Monsieur Guy PAILLOTIN secrétaire perpétuel de l’ Académie d’agriculture qui a été chargé de constituer un « Comité opérationnel » dont les travaux se sont déroulés sous sa houlette.

Alors nous demandons qu’en Nouvelle-Calédonie aussi l’autorité chargée de l’élaboration et du suivi du plan local soit INDEPENDANTE de tous les pouvoirs. Le conflit d’intérêt de la CANC est manifeste et, de ce fait, s’en remettre à elle pour « conduire » ce plan nous semble inenvisageable. De surcroît, « là-bas », il concerne tant le monde agricole que d’autres agents économiques (ex. prestataires engagés dans la désinsectisation/dératisation, les traitements du bois, l’entretien des golfs…), les collectivités (pour les épandages de lutte antivectorielle, l’entretien des voieries, des jardins, des terrains de sport etc) et les particuliers jardiniers amateurs ayant à utiliser ces substances, ce qui nous semble on ne peut plus normal dans la perspective d’une efficacité maximale d’un tel plan. La CANC ne peut donc s’arroger seule la responsabilité de la démarche.

Après deux ans d’application de ce plan, la métropole enregistre une légère baisse des volumes utilisés (alors même que  les productions agricoles ont augmenté) (les chiffres de 2010 ne sont pas encore connus). Mais la baisse sur les substances CMR de classe 1 et 2 (= substances Cancérigènes, Mutagènes, Reprotoxiques certaines et probables) est de 82 %. L’amélioration du profil toxique des « phytos » utilisés est donc extrêmement importante. Parce que 4 ans ont passé depuis l’élaboration de la version hexagonale, que la science avance chaque jour et que notre cerveau nous  permet d’apprendre de l’expérience, nous demandons que le plan calédonien intègre dans ses priorités de réduction les substances P ou PE (= perturbateurs endocriniens). On note aussi que l’usage des produits toxiques et très toxiques pour l’environnement (dits écotoxiques classés N) n’a pas significativement diminué. Il faudra donc que la Calédonie soit particulièrement vigilante quant à ces substances eu égard à son extraordinaire biodiversité, en particulier aquatique.

Elaborer le plan calédonien suppose de définir d’abord ce que 50% de réduction veut dire (à supposer déjà que l’on s’accorde sur ce pourcentage ! Et la durée du plan !). Quelles références ? Qui sera concerné ? Quel mode de calcul ? Quels suivi et évaluation ? *La métropole mesure le NODU (= nombre de doses utilisées ce qui permet de s’affranchir du grammage entaché du biais suivant : les molécules les plus récentes sont efficaces à des concentrations inférieures à celles auxquelles les molécules des générations précédentes l’étaient, ce qui entraîne une baisse mécanique du tonnage utilisé mais ne reflète aucunement une baisse réelle).

Cela suppose encore de sécuriser toutes les pratiques en formant les agriculteurs à l’utilisation des pesticides mais aussi en professionnalisant les métiers de la distribution et du conseil phytosanitaires (aux professionnels et aux particuliers) et ceux des autres utilisateurs professionnels (certification des entreprises et agrément des employé par organismes certificateurs agréés COFRAC).

Cela suppose aussi de créer ou renforcer des réseaux de surveillance des bioagresseurs et de mobiliser la recherche sur les méthodes alternatives et les systèmes agronomiques économes en pesticides. Les herbicides représentent la plus grande part des produits utilisés ; or, des essais de semis sur « couvert végétal » sont déjà en cours en NC. Les « choses » sont engagées, poursuivons, généralisons et renforçons pour atteindre des objectifs élevés, à la hauteur des enjeux sanitaires et environnementaux soulevés par ces produits !

Cela suppose enfin de réformer la formation initiale en lycées professionnels et nous espérons que le transfert de compétences de l’enseignement secondaire sera l’occasion de former nos jeunes à la modernité, la vraie !

En tout état de cause, le plan calédonien devra  viser à l’arrêt des importations « des produits contenant les molécules les plus préoccupantes (CMRP 1 et 2), à généraliser les meilleures pratiques économes en pesticides, à lever les obstacles à l’innovation et à la construction de nouveaux systèmes moins dépendants … ». Parmi ces obstacles, citons le manque d’informations/formations et de moyens pour certains mais aussi le dérangement d’intérêts financiers pour d’autres et pour tous ou presque, des blocages psychologiques liés à l’imprégnation par une culture ancienne.

Il n’est pas inimaginable que l’atteinte des objectifs de ce plan calédonien soit facilitée par l’instauration de mesures financières renchérissant les « phytos » : taxation à l’import, taxation pollutions diffuses…

« Mettre le sanitaire aux avant-postes de l’action en matière agricole (et autres !) est une valeur ajoutée pour l’agriculture française (idem !)» a dit la directrice générale de l’alimentation. Cela est complètement transposable à la Calédonie. Alors oui, un plan ambitieux de diminution de l’utilisation des pesticides nous est nécessaire mais sa définition, son suivi et son évaluation ne peuvent être le fait d’une seule des entités parties prenantes, ne lui en déplaise.

Pour EPLP, Martine Cornaille

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