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Observations sur le rapport Leutertrois

Observations sur le Rapport Leteurtrois

( lues en CICS le 6 octobre puis remises à la presse )

A nos yeux ce rapport est partisan, avec des erreurs et des incohérences. Il ne répond pas à nos arguments.

Des erreurs

– « l’effluent est une solution saline comparable à l’eau de mer en densité, pH et salinité » (p 1);
alors qu’elle sera plus légère de 2%, un ph de 6,5 contre 8,2 ; et des sels de nature différente

– Des normes internationales respectées  (p 7)

. elles concernent des rejets en mer et non en lagon, milieu en partie fermé : une évidence oubliée

. les rejets se feront à 40° C dans le canal de la Havannah , au lieu de 30°C maximum en France et en Europe,

. il est prévu de diluer ces rejets industriels avec de l’eau de pluie collectée sur le site (p5), ce qui est interdit ( rapport du commissaire enquêteur Trombone)

– Evacuation par bateaux citernes (p 17) demandée par les populations de l’île Ouen :

erreur  de calcul surprenante : par bateau de 60 000 t, compter 50 h de rejets et non 5 h

La solution de repli

Les experts ont conclu que l’effluent devrait avoir un impact nul, ou négligeable.

Toutefois ils reconnaissent que « l’on ne sera vraiment fixé que lorsque l’usine fonctionnera ».

Alors il a été décidé de rejeter via un tuyau de 20 kms, là où des courant assureraient la dilution.

Toutefois « même l’improbable doit être envisagé ». On doit prévoir de rejeter encore plus loin.

D’où la solution de repli demandée par M Nestar le 11 août :

– soit en haute mer, par bateaux : solution non retenue par M Leteurtrois car « contraire aux engagements internationaux de la France » ; serait-elle conforme à ceux de la Nouvelle Calédonie, pour un lagon devenu patrimoine de l’Humanité, et où les « milieux sensibles » abondent ?

– soit en prolongeant le tuyau hors du Lagon Sud : solution à la fois suggérée et rejetée car « l’étude prendrait des années, la construction est trop avancée, Goro Nickel a trop investi. »  Or M Leteurtrois a refusé d’entendre les opposants au projet (qui dénoncent une industrialisation à outrance) pour défaut d’arguments « techniques ». Quelle cohérence ?

Quand l’arrêté d’ICPE a été annulé (16/6/2006) pour non respect de l’environnement, l’industriel a déclaré vouloir continuer « à ses risques et périls ».  M Leteurtrois cautionne ainsi une stratégie de mise devant le fait accompli.

Enfin il est regrettable que cette étude de solution de repli, même sans en faire un préalable, ne soit pas intégrée dans le projet d’arrêté ICPE – comme M le Président l’a justement recommandé en séance du 11 aout.

Risque de lentilles polluées dans le lagon

Chacun sait que les courants du canal de la Havannah sont déterminants pour la bonne dilution de l’effluent.
Nous avions exposé et remis à M Leteurtrois nos préoccupations qui peuvent être résumées ainsi :
Les affirmations répétées de courants rapides au lieu d’émission de l’effluent sont contredites par les cartes marines (SHOM) et le rapport   Roux (2006): au fond, 19% du temps (plus de 4h par jour) les courants ont une vitesse moyenne de 5 cm/s (0,1 nœud).

L’effluent diffère de l’eau de mer en composition, température, et densité ; sa miscibilité est problématique et il remontera à la surface.

Des lentilles polluées risquent de se former en surface et de dériver vers la réserve Merlet (lors des coups d’Ouest) ou Port Boisé (alizés).

En outre les pêcheurs ont mentionné l’existence de vase sur les fonds marins du lieu, ce qui suggère des risques de sédimentation.

Pour M Leteurtrois, ce ne sont que des avis personnels face à des travaux scientifiques de haut niveau.

Pourtant il cite à plusieurs reprises la contrexpertise Roux ( 21 déc 2006) sur laquelle nous fondons nos arguments (courants de fond et de surface). Il admet par ailleurs le risque de lentilles polluées.

En outre une étude approfondie des courants dans le canal de Havannah, avec relevés et modélisation, a été menée par une équipe de l’IRD sur financement Goro Nickel.

L’IRD  a déclaré publiquement en avril « travailler en totale transparence », et que cette étude était terminée.

Depuis fin août nous demandons à l’IRD à obtenir communication du rapport, même provisoire ; mais elle ne cesse d’être retardée au motif d’ultimes corrections et d’une confidentialité imposée par Goro Nickel.
M Leteurtrois privilégie les travaux scientifiques « indépendants » et demande de s’appuyer sur les études déjà faites.
Il estime par ailleurs que « l’on n’est jamais trop prudent ».

Etant donné les enjeux environnementaux, la nécessité de transparence et l’imminence d’ICPE, nous demandons que cette étude de courantologie de l’IRD soit consultable dans les meilleurs délais
Ensemble Pour La Planète 6 octobre 2008

A propos du rapport Leteurtrois et du CICS

( Comité d’information, de Concertation et de Surveillance pour le projet d’usine du sud)

M Leteurtrois a été chargé par le Ministère de l’Environnement d’une ( brève ) mission pour examiner les solutions alternatives au tuyau et son impact sur le lagon sud. Il a exposé ses conclusions le 11 août au CICS.
Le 22 aout nous critiquions  ces analyses ( notre communiqué : « Peut on leur faire confiance ? »).

Nos arguments ont eu peu d’échos dans les medias locaux.

Pour rebondir nous attendions le rapport de mission Leteurtrois,  reçu le 26 septembre.

Le 6 octobre, nos observations sur le rapport Leteurtrois (p. ) ont été lues au CICS et remises à la presse.  Nous y recensons les erreurs et non réponses de l’envoyé de M Borloo ; ce dernier aurait du choisir un spécialiste de l’environnement, au lieu d’un ingénieur des mines..

Pour vous instruire et vous divertir, voir  http://codefsud.blogspot.com/2008/10/un-rapport-rigolo.html

Nous sommes aussi intervenus pour dénoncer les graves lacunes, environnementales et autres, du projet d’usine du Sud alors que les arrêtés d’ICPE sont proches : pas de centre pour grands brûlés, pas de laboratoire accrédité au contrôle des rejets polluants, pas de police territoriale des mines, etc..

Le compte rendu télévisé RFO de lundi soir sur le CICS ne nous a pas satisfaits :

– RFO cite « les associations environnementales » sans préciser « Ensemble Pour La Planète », d’où confusions.

– RFO nous dit favorables à un rejet en mer : c’est faux.

– RFO a interviewé un de nos représentants JL, qui a exposé toutes nos critiques sur le rapport Leteurtrois, notamment le risque de formation de lentilles d’eau polluée ;  et conclu en demandant d’être mieux écoutés : seul passage retenu par RFO !

Le public ignorant des motifs de nos réserves pourra nous considérer comme des opposants systématiques..

Un rapport partisan

( analyse non diffusée au CICS ni aux medias, pour rester sur un plan technique)

Une simple analyse sémantique du rapport est instructive.

D’un côté (p 2) : des experts nombreux, indépendants, qui concluent : la science est avec eux.

De l’autre (p 5) : les populations, qui ressentent et qui doutent ; les pêcheurs, qui craignent ; et les associations qui contestent, souvent par par principe. Les considérations psychologiques dominent…

A votre avis, qui sera donné gagnant : technocrates ou citoyens ?

Des passages répétés à l’identique, des erreurs parfois grossières : ce rapport a été bâclé.

Tout est dit (et même redit) : le rapport s’attarde sur des arguments hors sujet, mais évacue les nôtres au seul motif qu’ils ont moins de poids que ceux des experts – que M Leteurtrois semble parfois mal connaître  (cas du rapport Roux, 2006).

Il fonde ses conclusions sur l’urgence pour l’industriel, et sur la légitimité des experts antérieurs.

Ce n’est pas une « expertise indépendante ». Ce rapport aurait pu être fait depuis Paris, en restant au Ministère.

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