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Ni propre, ni sûre, ni utile…

Les préparatifs de l’anniversaire avaient commencé. Pour les 25 ans, l’événement devait être marquant pour que  « plus   jamais   ça  ! ». Et voilà que le titre peu envié de plus grande catastrophe nucléaire est en passe de lui être ravi… Tchernobyl détrôné par Fukushima !

Si notre sincère compassion va toute entière au peuple japonais, nous ne cachons pas notre colère à l’égard des décideurs qui ont autorisé 55 réacteurs nucléaires dans le pays ayant le plus fort risque sismique au monde. Mais notre ressentiment va aussi aux producteurs de combustible (au premier rang desquels la France) et de minerai d’uranium (dont l’Australie et le Canada), évidemment soucieux de conquête de marchés et d’intérêts économiques mais si peu, trop peu, préoccupés du bien-être durable des peuples avec lesquels ils commercent (voire même d’une bonne part de l’Humanité si la situation devait se dégrader encore au pays du Soleil levant -ou ailleurs un autre jour-…).

Situé à proximité d’un « point triple » (point de rencontre de 3 plaques tectoniques, pacifique, eurasienne, philippine), le Japon connaît une situation géotectonique exceptionnelle. Rien de ce qui est naturel (séisme puissant et tsunami dévastateur) et survenu vendredi sur la côte est du Honshu  ne constitue une surprise. C’est cependant là qu’ont été construits des réacteurs… On se pince devant tant d’arrogance. Le génie humain est certes génial, mais notre imbécilité est sans borne lorsqu’elle nous fait croire que la technologie peut tout. Et que dire de notre incapacité à apprendre de nos erreurs…

En métropole, suite à cette catastrophe, le débat sur le débat « sortir du nucléaire » fait rage et l’on ne compte pas les inepties prononcées doctement par de pseudo-spécialistes (quelle légitimité pour un géochimiste et un présentateur météo, de surcroît tous deux défavorablement connus pour leur « climato négationnisme » ?), ou par quelque ministre missionné pour défendre AREVA et « l’exigence exceptionnelle de sécurité française »… L’idée pour ce dernier n’est pas d’informer mais de communiquer dans le seul but de préserver l’image de l’industrie nucléaire et de son « fleuron national ». Mais avec le nucléaire, ne joue t-on pas le sort de l’humanité à la roulette russe ?

Envisageons donc quelques aspects de la problématique pour nous forger un avis raisonné et, nous l’espérons, raisonnable.

L’énergie nucléaire est la technologie la plus dangereuse qui soit. C’est la Commission Internationale de Protection Radiologique qui l’affirme : « toute dose de rayonnement comporte un risque cancérigène et génétique ». On compte plus de mille incidents/accidents par an en France (pays le plus nucléarisé au monde par rapport au nombre d’habitants avec 19 centrales et 58 réacteurs).
Combien d’irradiés chez les employés des centrales et chez les sous-traitants (le recours aux intérimaires est largement répandu afin de diminuer la dose d’irradiation grâce au turn-over des personnels…) ? Nul ne le sait car les « autorités » ont pris le parti de taire ce genre d’informations et toutes autres susceptibles de donner des arguments à ceux qui remettent en cause le « dogme ». Ce que l’on entrevoit par contre, c’est que parmi les 600 à 800 000 liquidateurs de Tchernobyl, on compte sans doute plus de 100 000 morts et de 300 000 invalides. A cela s’ajoutent les autres victimes qui se comptent par centaines de milliers (personnes décédées, malades ou déplacées…). Toutes ces victimes sont le fait d’une SEULE catastrophe. A noter qu’un certain nombre de cancers dans des pays européens (dont l’hexagone) peuvent être reliés à l’accident de Tchernobyl ou à la proximité de centrales nucléaires. Ce sont aujourd’hui des centaines de pompiers et travailleurs japonais qui sacrifient leur santé, voire leur vie pour tenter d’éviter que le pire ne se produise.

La part moyenne d’électricité nucléaire est de 25 % pour les pays de l’OCDE, 80 % pour la France et 15 % dans le monde. 32 états sur 193 inscrits à l’ONU ont recours au nucléaire. Comment font les autres ?

Le nucléaire serait le sauveur du climat. 75 % des émissions mondiales de GES proviennent de secteurs sans aucun lien avec la production d’électricité. Dans l’hypothèse où le nombre de centrales serait multiplié par 3 d’ici 2030, la réduction des gaz à effet de serre serait de 9 %… Rappel : on vise au minimum 50 % de réduction d’ici 2050…

Le changement climatique va réduire les ressources en eau en métropole. 1/3 du parc français a dû être arrêté à l’été 2003 lors de la canicule. Et demain ?

On sait ce qu’il en est de la vulnérabilité des centrales face à des événements naturels (inondations, sècheresse, séismes, tsunamis…). On sait moins ce qu’il adviendrait en cas d’attaque terroriste (et on préfère ne jamais le savoir !)…

La dépendance à l’égard des pays fournisseurs d’uranium (8 pays détiennent 85 % des réserves) est extrême. L’uranium n’est pas une ressource renouvelable. On estime les réserves connues à 50 ans. Quid de la sécurité des approvisionnements ?

L’extraction de l’uranium est très sale. AREVA est mise en cause dans la gestion des risques (pollution, assèchement etc) ainsi que pour sa participation à des expropriations illégales au Niger par exemple. La prise d’otages intervenue là-bas en septembre dernier a sans doute à voir avec cette industrie extractive puisqu’AREVA est accusé de « pillage »… (ne pourrait-on, ne devrait-on pas faire une analogie avec certaines sociétés extractrices en Nouvelle-Calédonie ?).

Restent encore les déchets assassins que nous léguons généreusement auXXXX générationSSSS  futureSSSS. Leur surveillance et leur « gestion » s’étalera sur plusieurs dizaines, centaines, milliers ou millions d’années !

Au final, l’industrie nucléaire coûte très cher à la collectivité. Ce sont les Français qui ont payé et payent encore la recherche que le secteur n’assume pas, ils payent aussi pour le démantèlement et les déchets… Ils ont également assumé le coût de toutes les infrastructures et ce sont maintenant des actionnaires privés qui en bénéficient. Des coûts masqués mais colossaux… Lorsqu’on dit aux Français « nucléaire = électricité pas chère », on leur ment puisque l’on perd de vue les coûts externalisés (de la recherche à la gestion des déchets en passant par la construction des centrales et les impacts sanitaires et environnementaux, envisagés depuis l’extraction jusqu’au démantèlement).

Et quels coûts humains et économiques (donc au final sociaux !) d’une possible catastrophe nucléaire ? Combien de points du sacro-saint PIB perdus ?

On précise que 99% des fonds de recherche français dédiés à l’énergie vont au nucléaire depuis 40 ans. C’est ainsi que l’on a « tué » les renouvelables… Le lobby est puissant et veut le rester !

Ajoutons que le nucléaire civil peut être détourné. Il favorise la prolifération des armes nucléaires, y compris chez des adversaires peu recommandables… Notable contribution aux tensions internationales !

Aujourd’hui, en métropole, le principal danger encouru par les centrales tient à la recherche de rentabilité dont quelques illustrations sont la diminution de la fréquence et de la durée des contrôles et le recours systématique à la sous-traitance (personnels peu ou pas formés). De petite négligence et petite négligence, le risque est grand de voir survenir une catastrophe pour des considérations financières. Si « un communisme en déclin est responsable de Tchernobyl, quelle sera la responsabilité d’un libéralisme triomphant ? »…

En raison du désengagement de nombreux états, le nombre des réacteurs en fonctionnement va décroître car les ouvertures ne compenseront pas les fermetures (près de la moitié des unités approchent de leur fin de vie). En 2007, la part de l’électricité nucléaire a décru de 2%. Cela contredit la supposée « renaissance du nucléaire » que la France exportatrice de la technologie EPR clamait haut et fort. L’atome est et restera dans le monde une énergie marginale (et cela est une bonne nouvelle).

Le gouvernement central est-il prêt à entendre ces arguments ? On en doute puisque le Président Sarkozy est très pro-nucléaire, au point qu’il a exclu l’atome civil des discussions du Grenelle de l’environnement (ce que Jean-Louis Borloo a accepté sans sourciller). Le choix du nucléaire est remis en cause en Belgique, Suède, Suisse, Allemagne, USA, Inde… Mais le Président français l’a affirmé : la France ne sortira pas du nucléaire… Pourquoi ne démontre t-il pas le bien-fondé social, économique et écologique de ce choix ? L’arbitraire est total.

Avant d’en terminer, nous voulons dénoncer la « bonne blague » qui consiste à vouloir rassurer les populations avec la distribution de comprimés d’iode. Quid de la protection contre le césium par exemple ?

Avec Fukushima, démonstration est faite que le nucléaire, même dans un pays où l’on pensait que la sécurité était l’une des meilleures au monde, reste un danger pour les populations. Les écologistes qui dénoncent le colosse aux pieds d’argile aimeraient, comme toujours, ne pas avoir raison et espèrent encore déciller quelques yeux… Ni propre, ni sûre, ni utile, l’énergie nucléaire doit être abandonnée. Pas de nouvelle construction en France ! Pour faire face à la pénurie croissante des ressources fossiles, aux risques inacceptables du nucléaire, et à la nécessité de réduire nos émissions de gaz à effet de serre, les solutions alternatives existent*.

Et la Nouvelle-Calédonie dans tout ça ? Elle est loin du Japon et dans l’autre hémisphère. Elle n’a que peu à craindre d’hypothétiques retombées radioactives. Mais elle pourrait bien avoir quelque chose à voir avec cette catastrophe… Dans « notre » milieu voilà ce qui se dit : le « diamant de Goro » a été cédé à vil prix (100 fois moins que sa valeur, excusez du peu…) parce qu’il constituait une contrepartie de la sécurisation de l’approvisionnement en uranium de la France (parce que Mali et Niger donnent bien du souci à Mme Lauvergeon…). Donnant-donnant : le massif du sud offert à INCO aurait été échangé contre une mine d’uranium canadienne cédée à AREVA. Pauvre Calédonie ! Minuscule proie livrée aux mains de géants industriels et miniers avec la bénédiction de la métropole qui y trouverait son compte…

Les gouvernements français et calédonien nous assurent que la Nouvelle-Calédonie ne peut pas être contaminée ; parallèlement, on apprend que 400 000 comprimés d’iode sont en route au cas où. L’incohérence crève les yeux… Rien de tel pour déclencher la panique !

Pour terminer, savez-vous que lorsqu’EPLP se plaint des émissions polluantes des centrales à fuel ou à charbon locales, des personnes « très haut placées » et donc forcément très responsables s’empressent d’évoquer l’éventualité d’une « petite unité nucléaire pour satisfaire les besoins croissants des Calédoniens » (que ne disent-ils des industriels de la métallurgie !) ? On en rirait si ce n’était à pleurer.

Pour EPLP, Martine Cornaille

* Elles s’appuient sur la réduction de nos consommations, par la sobriété et l’efficacité énergétique, et sur le développement des énergies renouvelables. Cette transition est pour nous inéluctable et, au final, ce ne sont que ses modalités et sa planification qui nécessitent la tenue d’un grand débat démocratique et citoyen…

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Commentaires

  1. Gilles-Antoine  mars 21, 2011

    Ne vous attendez pas à être correctement informés…
    Je vous propose de prendre connaissance de l’accord OMS-AIEA entré en vigueur le 28 mai 1959 par la résolution WHA 12-40!
    C’est édifiant !…

    Il suffit de se rendre sur le RÉSEAU SOL(ID)AIRE DES ÉNERGIES
    3INFORMATION SUR LE NUCLÉAIRE » + Documents important
    Le lien :
    http://resosol.org/InfoNuc/IN_DI.OMS_AIEA.html

    répondre
  2. Bruno Van Peteghem  mars 22, 2011

    bonjour Martine,

    Pour suivre les infos « nucléaire et Japon », le » voyage du  panache », « la contamination »   on peut ajouter  le site de  la Commission de recherche et d’information Indépendantes sur la radioactivité (Criirad) :

     

    Risques en France relatif au passage du nuage radioactif :

    Contamination des légumes lait et eau :

    Il y a un site intéressant à consulter sur Japon et nucléaire c’est le site de Radioprotection. (Vous le consultez peut être d’ailleurs ….;o)

    Il y a un point journalier sur les différents réacteurs et leur réparations, c’est en français.

    Il y a des simulations sur le nuage radioactif et son déplacement… Entre autres il arrivera en France le 23 ou le 24 mars :

    Cette « Energie Nucléaire » devrait être, et rester, du ressort de la responsabilité planétaire de nos apprentis sorciers qui ont toujours la fâcheuse tendance à privatiser (monopoliser) les profits (bénéfices) et à mutualiser les pb… (Responsables ET coupables)

    Cela ne semble choquer personne (sauf nous ?) en tout cas personne (pas un média, ou même un politique ou encore un José Bové toujours opportuniste et prompt à l’ouvrir…) ne se fait écho de cet état de fait, vingt, cent, mille fois constaté.

    C’est, en tout cas, une grande leçon d’humilité imposée par Dame Nature au travers de ce peuple japonais qui, lui, nous offre une très belle lecture de dignité et de discipline face à l’adversité extrême.

    J’espère que vous êtes en pleine forme et qu’il en va de même pour tous les vôtres.

    bien à vous,
    Bruno

    répondre
    • Gilles-Antoine  mars 23, 2011

      Salut Bruno, et oui « faites vos jeux, rien ne va plus ! »… Effectivement l’énergie nucléaire devrait être du ressort de la responsabilité planétaire et non de celui d’apprentis sorciers jouant avec l’avenir de l’humanité et des générations à venir pour des intérêts supérieurs qui dépassent ceux des populations…

      Malheureusement il semble que l’organe international et planétaire qui à l’heure actuelle soit en mesure d’incarner sur Gaïa la Sagesse et le Pouvoir nécessaires au rétablissement des déséquilibres qui ébranlent notre monde se fasse attendre….
      La bille continue de tourner dans le cylindre, mais de moins en moins en rond…. Sans parler de compassion et de solidarité internationale, les gens se sentent aujourd’hui menacés dans leur propre espace, le Japon c’était hier encore loin dans le Pacifique, mais aujourd’hui le nuage se déplace…Tout comme s’est déplacé celui de Tchernobyl, arrêté pour un temps aux frontières de la France… Est-ce pour autant assez pour éveiller les consciences encore endormies ?

      Dans les documents qui circulent sur le net autour de « la malbouffe radioactive » l’autopsie des programmes Ethos, Core, Sage, Farming indique que les spécialistes du nucléaire soutenus dans leur analyse par les représentants du lobby agro-productiviste se veulent rassurants. C’est moins pire assurent-ils que Tchernobyl, ils assurent en quelque sorte que même contaminés à faible dose, nous pourrons continuer à manger nos belles salades hybrides sans risques…
      Pourvu qu’on ne finisse pas par regretter « le bon temps » des pesticides et des engrais chimiques !
      Bref !…

      Une pensée toute particulière pour les tiens en cette période de nouveau drame pour le Japon et pour l’humanité.
      Restons éveillés et soyons Zen

      répondre
  3. Ecolagon  mars 23, 2011

    Oulala le Criirad pas content :
    « Le gouvernement japonais est dans le déni »

    10 jours après le tremblement de terre au Japon, l’inquiétude règne encore concernant la centrale de Fukushima de laquelle s’échappent désormais des fumées dont on ignore l’origine. Alors que des employés ont reçu un ordre d’évacuation, l’agence japonaise de sûreté nucléaire assure, elle, que les niveaux de radioactivité n’ont quasiment pas changé après l’apparition de ces fumées. Une attitude de déni que dénonce Roland Desbordes, le président de la Criirad*. Entretien.

    Novethic. Quelle est la situation des japonais actuellement ?
    Roland Desbordes. Elle s’est beaucoup dégradée dans la nuit après un nouveau relâché radioactif émanant du réacteur numéro 3. Nous nous attendons donc à voir la radioactivité augmenter de façon très forte au cours de la journée, et notamment à Tokyo puisque les vents ont tourné dans la nuit. Il y a plusieurs éléments radioactifs dans l’air mais essentiellement de l’iode 131 et du césium 137. Pour l’iode par exemple, la contamination de l’air à Tokyo est passée de 0,1 Bq/m3 d’air le 20 mars à 15,6 Bq/m3 le 21 entre 8h et 10. Et, contrairement au pic observé le 15 mars, on est là sur une radioactivité assez durable, même si les niveaux ont un peu baissé depuis. Si les prévisions d’augmentation se confirment, il faudra alerter la population et éventuellement préconiser un confinement, particulièrement pour les enfants et les femmes enceintes.

    Que faut-il craindre pour le personnel de la centrale ?
    Roland Desbordes. Tout l’environnement de la centrale est désormais très contaminé et les possibilités d’intervention du personnel très limitées. Ils tournent visiblement beaucoup pour se répartir la dose mais à 400 msv par heure, il est clair que le débit est très important. Cependant nous ne savons pas combien de temps ils restent dans la zone. Il est possible qu’ils se sacrifient, comme les liquidateurs à Tchernobyl. Ce que l’on nous a dit, c’est qu’il s’agit en grande partie d’anciens de Tepco, qui voyant le désastre auraient remplacé les plus jeunes ingénieurs sur place. Même si l’on arrive à faire redémarrer les pompes j’ai bien peur que cela ne serve pas à grand-chose, car un cœur fondu ne peut pas se refroidir.

    Quelle est la menace concernant la contamination des aliments ?
    Roland Desbordes. Il s’agit déjà d’une réalité, compte-tenu de ce qui est déjà tombé depuis le début de l’accident. Dans la province de Fukushima, où l’on est censé avoir fait évacuer les gens, nous n’avons pas de chiffres mais nous savons que la contamination est déjà importante. En revanche, à 100 kms, nous avons des chiffres concernant la province d’Ibaraki, qui se situe entre Fukushima et Tokyo. Nous avons des données montrant que les produits frais sont largement au dessus des limites autorisées pour la commercialisation. Pour les épinards par exemple, les informations que nous avons reçues dimanche matin font état d’un niveau de contamination de 15 000 Bq/kg en iode 131, soit 7 fois plus que la limite de contamination de 2 000 Bq/kg pour les adultes. Sur des échantillons collectés le 18 mars 2011 à Hitachi (préfecture d’Ibaraki), l’activité de l’iode 131 est de 54 100 Bq/kg soit des niveaux de contamination 27 fois supérieurs à la limite en vigueur au Japon.

    Pourtant, le gouvernement japonais minimise les risques pour la santé de cette contamination…
    Roland Desbordes. Le gouvernement japonais est effectivement dans le déni depuis le départ. Par contre, nous avons découvert qu’au niveau local des initiatives se mettaient en place : des scientifiques d’un laboratoire municipal de Tokyo par exemple nous donnent des chiffres vérifiables que l’on a mis sur internet. Dans la province d’Ibaraki par exemple, les autorités ont demandé aux agriculteurs de ne pas consommer ni de vendre le lait. Après, il est évident qu’il faut prendre en compte le fait que la radioactivité arrive après un séisme et un tsunami et qu’il est difficile de se déplacer… Le côté scandaleux, c’est que le gouvernement lui, continue de dire qu’il n’y a aucun problème. Des grands pontes scientifiques sont également allés dire sur les antennes qu’il faudrait manger des épinards à ce niveau de contamination toute l’année pour atteindre les limites à ne pas dépasser. Or selon nos calculs, il suffit qu’un enfant en mange 300 g pour atteindre la dose limite annuelle ! Il faut donc prendre des mesures. Il ne faut pas non plus oublier les produits de la mer proche de la centrale, qui sont sans aucun doute contaminés, mais à quelle dose ? C’est un paramètre qu’il faut là encore absolument surveille mais malheureusement, là encore, nous n’avons aucun chiffre.

    Considérez vous qu’il y a désinformation de la part du gouvernement japonais ?
    Roland Desbordes. Le gouvernement japonais nous cache depuis le départ les informations que l’on demande sur la contamination de l’air. Par ailleurs, nous savons depuis longtemps que les exploitants, souvent avec la complicité des autorités, ont dissimulé de nombreux incidents et des éléments clés dans la sécurité nucléaire. Même si l’accident est dû à des éléments naturels comme le séisme et le tsunami et pas seulement à une défaillance de Tepco, il faut quand même se poser des questions quand aux normes sismiques et de tsunami qui ont été prises en compte lors de sa construction. Sachant que le Japon est extrêmement sujet à ce type d’évènement, il faut mettre ces questions sur la table. Car ce n’est pas la première fois qu’un séisme cause des dégâts dans une centrale nucléaire japonaise : il y a déjà eu des alertes. En 2007, un séisme avait fait de gros dégâts dans une centrale à Kashiwazaki-Kariwa. Au départ, l’opérateur voulait la redémarrer immédiatement ; il a fallu qu’un député de la région demande un audit et exige des travaux pour les stopper et les empêcher de redémarrer à la va vite. Au final elle a été arrêtée pendant deux ans. Sans parler de nombreux rapports d’anomalies dans différentes centrales… Malheureusement, j’ai peur que cela ne soit pas si différent en France.

    Et en France justement, comment jugez-vous l’information diffusée par les autorités ?
    Roland Desbordes. Au niveau français, il y a aussi des problèmes. La semaine dernière, l’IRSN, qui est quand même l’expert officiel de l’Etat- mais aussi des exploitants nucléaires à l’occasion- et qui devrait décider des mesures en cas d’accident nucléaire en France, estimait également qu’il était à peine nécessaire d’avoir évacué la zone de 20 kms autour de Fukushima et qu’au-delà il n’y avait aucun problème. On peut donc craindre qu’en cas d’accident en France, il fasse de même. Cependant, je ne mets pas toutes les autorités françaises dans le même sac : l’ASN, avec laquelle la Criirad s’est de nombreuses fois accroché, a eu depuis le début un discourt très correct, sans chercher systématiquement à rassurer et à minimiser les problèmes. C’est eux par exemple qui ont osé dire que l’accident classé au départ en niveau 4 était sans doute plus important.

    Quant à vous, quelles sont vos sources pour évaluer la situation au Japon ?
    Roland Desbordes. Nous avons des contacts avec des scientifiques sur place, qui travaillent dans des laboratoires indépendants de l’Etat et des exploitants, notamment avec le Tokyo Metropolitan Industrial Technology Research Institute. Plusieurs laboratoires ou autorités dans le monde ont des données sur la radioactivité, mais peu les diffusent. Ce n’est pas normal. Nous attendons maintenant des échantillons en provenance du Japon que veulent nous envoyer des journalistes, des citoyens ou des scientifiques pour les analyser en toute indépendance.

    Existe-t-il un risque de contamination pour les populations françaises, notamment pour les territoires d’outre mer ?
    Roland Desbordes. Vu la distance, la dispersion, la dilution, il est clair que le risque est évidemment très faible. Nous avons des balises qui analysent l’air en continu dans la région du Rhône ; il est très probable qu’elles décèlent des particules radioactives mais en revanche il est très peu probable que cela atteigne un niveau sanitaire demandant de prendre des mesures. Cependant, l’accident n’est pas terminé : on ne sait pas ce qui peut se passer si la situation dégénère avec des rejets dans l’atmosphère : personne ne connaît les scénarios, ni les conséquences qui en découleraient. Concernant les territoires d’outre-mer, la Polynésie est bien entendu en première ligne puis Saint Pierre et Miquelon. Officiellement, des balises d’alerte y sont disposées et se déclenchent en cas de problème de contamination de l’air.

    Rappelons que 10 jours après le séisme et du tsunami, le bilan toujours provisoire, est de plus de 21 500 tués et disparus, dont 8 649 décès confirmés par la police.

    * Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité, créée en 1986 après Tchernobyl pour informer les populations, expertiser et évaluer les pollutions radioactives.
    Béatrice Héraud
    Mis en ligne le : 22/03/2011
    © 2009 Novethic – Tous droits réservés

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    • cornaille  avril 20, 2011

      Merci Bruno.

      Nous nous sommes inquiétés des marchandises importées en NC (alimentaires ou pas -véhicules, containeurs…) et des moyens mis en oeuvre pour les mesures radiamétriques ainsi que, le cas échéant, pour traiter les déchets (liquides et solides) auprès du gouvernement et du haussariat: NO REPONSE ! Nous avons demandé hier à être reçu…
      EPLP a obtenu lundi un entretien avec la DASS qui l’a renvoyé au Haussariat en précisant « EPLP n’est pas l’inspection générale des services »… En matière de transparence, on ne peut donc que progresser !

      A bientôt ! Martine

      répondre
  4. Gilles-Antoine  avril 18, 2011

    Communiqué CRRIRAD le 12 avril …

    http://www.criirad.org/actualites/dossier2011/japon_bis/7_ines_Fukushima.pdf

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  5. Malé'va  avril 22, 2011

    Au niveau de l’info publique et médiatique Japonaise :

    D’aprés le Chugoku Shimbun (principal quotidien Japonais)
    19 avril 2011 (Japon)

    <>

    répondre
  6. Malé'va  avril 22, 2011

    Au niveau de l’info publique et médiatique Japonaise :

    D’aprés le Chugoku Shimbun (principal quotidien Japonais)
    19 avril 2011 (Japon)

    Les constructeurs automobiles japonais ont commencé à mesurer les niveaux de radiations de leurs véhicules à l’exportation dans le but d’étouffer les rumeurs venant de l’étranger d’une éventuelle contamination en raison de la catastrophe en cours à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi a déclaré ce lundi un organisme représentant l’industrie.

    Quatre constructeurs ont mesuré les niveaux de rayonnement de 215 véhicules au cours des 11 derniers jours et rien n’a été détecté d’anormal dans les niveaux de radiations (ndlr : dit autrement (inférieurs aux normes) qui pourraient constituer une menace pour la santé humaine, a dit la Japan Automobile Manufacturers Association.
    Chaque constructeur automobile a contrôlé les niveaux de radiations sur le capot, les pneus et à l’intérieur d’environ 10 véhicules de l’échantillon par envoi

    répondre
  7. Gilles-Antoine  mai 2, 2011

    Contamination radioactive de la chaîne alimentaire planétaire :

    « Dominique Guillet » Président de Kokopelli aborde ici des réalités qui n’ont pas fini de faire couler de l’encre et des larmes….  » La vérité peut avoir plusieurs facettes, Oui !… Mais pas de fumée sans feu !!!!

    Un Kalédonien informé en vaut … xxx ?

    http://www.kokopelli-blog.org/?p=375

    répondre
  8. Male'va  mai 25, 2011

    POUR INFORMATION :

    Les informations certainement les plus documentées (en Français)et les plus fiables sur l’évolution de ce qu’il se passe réellement aujourd’hui à Fulushima se trouvent ici: http://www.google.com/url?sa=D&q=http://www.cartoradiations.fr/&usg=AFQjCNGfpJZQnqYGJLl92Yz-HQXhuAoRkg

    NO COMMENT !….

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  9. Malé'va  juillet 4, 2011

    Doit-on attendre d’autres catastrophes écologiques planétaires pour envisager de développer en France et en Kalédonie des énergies propres et renouvelables ? Le sujet ici posé par ecoloducaillou : ::http://ecoloducaillou.wordpress.com/2011/06/23/energie-une-video-coup-de-gueule-electrochoc-des-consciences#comments

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