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Préservation de la biodiversité – santé en Nouvelle-Calédonie

Suite à la venue de M. Nicolas Sarkozy, président de la République française sur le territoire de la Nouvelle-Calédonie, EPLP a souhaité lui faire parvenir un courrier concernant quelques unes de nos préoccupations prioritaires. Voici donc le contenu de ce courrier. Nous vous tiendrons au courant lorsque nous obtiendrons des réponses aux questions légitimes que nous nous posons.


Nouméa le 22 août 2011

Objet : préservation de la biodiversité – santé en Nouvelle-Calédonie

Monsieur le Président,

Nous saisissons l’opportunité de votre présence sur le territoire de la Nouvelle-Calédonie pour porter à votre connaissance quelques-uns de nos sujets d’inquiétude en matière environnementale.

  • Ecoconditionnalité

En premier lieu, nous insistons sur la nécessaire écoconditionnalité des aides allouées par l’Etat aux projets de développement néocalédoniens. Nous pensons en particulier à la défiscalisation qui, selon nous, ne peut bénéficier qu’à des projets visant à la « décarbonation » de l’économie locale, à l’autonomie énergétique et à la limitation de la dépendance au nickel et autres activités non durables. La défiscalisation d’Etat doit être cohérente avec les positions politiques de la France en matière de lutte contre le réchauffement climatique, conformément à son engagement international.

  • Justice

Nous désirons vous informer de ce que le jugement rendu le 9 août 2011 par le tribunal de police de Nouméa conclut à la prescription des faits dans l’affaire de la fuite d’acide du 1er avril 2009 intervenu sur le site de l’usine du Sud (Vale NC). Un déversement « accidentel » (mais inéluctable dans les conditions dans lesquelles cette usine a vu le jour, cf rapport de gendarmerie) de dizaines de milliers de litres d’acide sulfurique concentré à 98% a « grillé » toute vie dans une rivière dite « creek de la baie nord », impactant la baie de Prony, zone tampon du lagon, patrimoine mondial de l’Unesco. Il semble bien que la procédure judiciaire n’a pas été suivie avec suffisamment d’attention par le parquet.

  • Schéma stratégique industriel

Nous avons demandé à Mme Duthilleul, en charge de l’élaboration de ce schéma de réaliser un « bilan économique, social/sociétal, environnemental et sanitaire de 150 ans de nickel en Nouvelle-Calédonie ». Nous insistons pour que ce bilan soit complet et sincère et intègre toutes les externalités négatives. A titre d’exemple, le coût de la revégétalisation des 21 000 hectares de zones terrestres dégradées par la mine est estimé à 160 milliards de FCFP dont au moins la moitié sera à la charge de la collectivité… Nous avons demandé en vain à être associés à l’élaboration de ce Schéma. Nous avons été auditionnés mais sommes exclus des travaux et des comptes-rendus de l’avancement, ce qui n’est pas conforme au droit à l’information et à la participation des citoyens, droit garanti par la Constitution de la France.

 

  • Exploitation minière dans le lagon

En février 2011, les provinces nord et sud ont attribué 31 permis d’exploration pour le chrome détritique à la société américaine Géovic NC en dépit d’un vote défavorable du Comité Consultatif des Mines. Il s’agit d’exploration / exploitation minière DANS LE LAGON. Ces attributions méprisent l’importance écologique et sociétale de ces zones. Déjà, une autre compagnie minière canadienne (Nautilus Minerals), spécialiste du off-shore frappe à la porte de la Nouvelle-Calédonie afin d’y prospecter « tous sulfures métalliques, hydrocarbures et or sur fonds océaniques ». Nous avons bien noté que l’Etat est garant de la bonne conservation du bien classé à l’UNESCO…

  • RAMSAR

Nous aimerions connaître le degré d’avancement du classement RAMSAR de la plaine des Lacs. Nous vous faisons savoir que nous avons demandé que l’ensemble de cette région humide reconnue internationalement d’intérêt écologique supérieur soit classé.

  • Amiante

Si l’on savait que le minerai de nickel calédonien est amiantifère depuis 1980 au moins, il a fallu attendre 2011 pour que le Congrès de la Nouvelle-Calédonie esquisse un début de règlementation. « On » n’est cependant pas encore sorti du non-dit qui a conduit à sacrifier de nombreux Calédoniens sur l’autel des carrières, de la mine et de la métallurgie. Il y a (relativement) 10 fois plus de cas de mésothéliome malin (MM) ici qu’en métropole où pourtant, de nombreux personnels de l’industrie de l’amiante ont été exposés professionnellement. Aujourd’hui encore, les pouvoirs publics locaux, s’appuyant sur une étude INSERM financée par la Société Le Nickel (SLN) datant de 20 ans incriminent le pö, enduit mural traditionnel dans certaines zones du territoire. Or, une étude épidémiologique récente démontre que le pö n’est pour rien dans l’  « épidémie » de MM et de cancers bronchiques (record d’incidence détenu par la Calédonie dans le Pacifique). La responsabilité en incombe particulièrement aux carrières de roches amiantifères et aux pistes routières empierrées avec elles. Les émanations atmosphériques de la SLN à Nouméa peuvent également être mises en cause. L’Etat étant le garant de la santé de la population, nous vous demandons que la publicité requise soit faite à cette étude et que ses résultats soient pris en compte dans la nécessaire protection sanitaire des populations.

  • Pesticides

Des « pesticides à usage agricole » contenant des molécules interdites en métropole pour cause de trop forte toxicité ou écotoxicité sont encore « homologués » ici, au mépris du principe de précaution (et souvent dans des conditions non règlementaires, cf divers jugements du Tribunal administratif de Nouvelle-Calédonie depuis 2 ans). La population calédonienne et son environnement continueront d’être exposés à des risques reconnus inacceptables en métropole, en dépit de nos actions en justice pour faire valoir nos droits constitutionnels.

  • Effluents liquides de l’usine de Vale NC

L’usine du sud rejette des effluents liquides dans le lagon sud (dont une partie est inscrite au patrimoine de l’UNESCO). Leur toxicité et capacité à bioaccumulation ont été testées en laboratoire sur la base des concentrations théoriques attendues fournies par l’industriel. Aujourd’hui et depuis 18 mois environ, le process industriel étant interrompu avant son terme normal en raison de l’effondrement des « colonnes d’extraction », la composition des effluents est évidemment différente de celle initialement prévue. Nous ne la connaissons pas et ignorons tout de ses impacts environnementaux et sanitaires sans doute JAMAIS évalués…

D’autre part, nous faisons valoir que l’industriel communique sur son respect des normes ICPE. Or, les concentrations fournies par lui et testées peuvent être plus de 2 000 fois inférieures à celles de l’ICPE… De telles concentrations n’ont pas été évaluées…

Enfin, et de façon générale, nous déplorons que la recherche publique régresse. En effet, l’  « on » nous oppose de plus en plus souvent l’argument suivant : « cette étude appartient à l’industriel et une clause de confidentialité interdit sa communication ». Bientôt, seuls Loréal, Monsanto, Servier, Vale et consorts financeront « la » recherche et n’en communiqueront que ce qu’ils voudront…

  • Transparence des autorités locales, incluant des représentations de l’Etat.
  • Suite à la catastrophe de Fukushima, EPLP a demandé au haussariat communication des relevés radiamétriques effectués sur le port et à l’aéroport (sur navires et avions en provenance du Japon). Nous n’avons même pas obtenu une réponse de courtoisie…

  • Nous avons adressé un courrier à monsieur le Premier Ministre en date du 8 octobre 2010 afin que les compétences du Conseil Economique et Social de la Nouvelle-Calédonie soient étendues à l’environnement. Aucune réponse ne nous a été apportée.

  • Nous demandons depuis février 2011 que nous soient communiqués les résultats bruts d’analyses de mercure dans les chairs de poissons et de crustacés d’avant 2011 réalisées par les services de la Nouvelle-Calédonie (DAVAR) car nous nous inquiétons de ce qu’aucune mise en garde n’ait jamais été adressée aux consommateurs, ni même à ceux dits à risque particulier (enfants et femmes enceintes) relativement au risque d’imprégnation mercurielle et ce, contrairement à ce que qui se passe sur TOUT le territoire français, Polynésie incluse.

Eu égard aux difficultés que nous rencontrons pour obtenir l’information sanitaire et environnementale que nous réclamons et à laquelle nous avons droit, nous vous demandons que des consignes soient données et des recommandations faites à qui de droit. D’avance nous vous remercions de vos interventions afin que la participation citoyenne soit encouragée, que l’information soit partagée et que vive la démocratie en Nouvelle-Calédonie.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, nos salutations écologiques les plus respectueuses.

Pour Ensemble pour la Planète,

La présidente, Martine Cornaille

NB : nous sommes à votre disposition si vous souhaitez nous rencontrer (tél. 24 95 96 ou 93 55 81)

Copie à : Monsieur le Haut Commissaire de la Nouvelle-Calédonie

Monsieur le Président du Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie

Monsieur le Président du Congrès de la Nouvelle-Calédonie

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Commentaires

  1. Sagamore  septembre 13, 2011

    Pas mal… Et bonne initiative !
    Fallait faire ça.

    (Même si, entre nous,
    je tiens ce « déplacement électoral »
    pour aussi folklorique
    que le pilou aux bateaux d’croisières…)

    Tenez bon :
    Ca urge de + en +…

    répondre
  2. BERODE JPierre  septembre 13, 2011

    « The world is a Dangerous place, not because of those that do evil, but because of those that LOOK ON and DO NOTHING » … rappelez – vous Albert Einstein

    Alors en remerciement pour le travail de fond entrepris par EPLP et sa présidente Martine Cornaille, je vous propose une rapide traduction de cette pensée du « bel Albert » (homme à la langue bien pendue !)

    « Le monde est un endroit dangereux, pas à cause de ceux qui font le mal , mais bien à cause de ceux qui (savent) observent (ces errements, ces courses au profit, etc …) et ne font rien (pour arrêter ces fonctionnements débiles)
    Jipé

    répondre
  3. Emmanuel  février 16, 2012

    Bonjour à tous,
    dans le cadre de mes études, je suis en train de préparer une présentation orale sur les problèmes environnementaux rencontrés par la Nouvelle Calédonie pour préserver son lagon, dont une grande partie est inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco. J’ai choisi ce thème car m’y étant rendu plusieurs années consécutives, j’ai été touché par ce problème. Je souhaiterais mettre en évidence des éléments de comparaisons avec la Grande Barrière de Corail de l’Australie (classements des menaces/mesures et décisions prises/acteurs impliqués/ou tout atre élément de contexte).
    Certain d’entre vous auraient-ils des idées pour m’orienter dans mes recherches ?

    Merci beaucoup =)

    NB : Je suis en troisième année de licence de gestion des catastrophes en Angleterre

    répondre

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