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Suite à l’article paru dans LNC le 2 avril 2009, EPLP souhaite répondre…

A  Axel de Pouembout et à tous les mécontents qui lui ont téléphoné, nous voulons dire que nous n’avons JAMAIS parlé d’empoisonneurs à propos des agriculteurs calédoniens. Cette expression a été employée par d’autres, pas par nous.

Il nous faut aussi leur dire que l’agriculture conventionnelle productiviste n’a pas fait la preuve de son efficacité puisque l’on compte dans le monde un mort de faim toutes les 4 secondes (les produits agricoles subventionnés des pays du Nord concurrençant ceux des pays du Sud, les paysans quittent leurs champs et s’entassent dans des bidonvilles), que cette agriculture détruit les agriculteurs dont le nombre et les revenus n’ont fait que baisser ici comme ailleurs (- 10% en 10 ans en province Sud). Pourquoi n’êtes-vous plus que 2 000 avec une moyenne d’âge de 58 ans ? Y sommes-nous vraiment pour quelque chose ?

(NB : les agriculteurs représentent 3,3% de la population active en France hexagonale, 7% en NC et en moyenne, 44% dans le monde.)

Nous ne faisons pas davantage le « procès », comme l’affirme l’article, des agriculteurs. Nous tentons, par les moyens qui sont les nôtres, d’attirer l’attention sur un problème de santé publique susceptible d’affecter chacun d’entre nous au premier rang desquels ceux qui manipulent ces produits et leurs proches.

Vraiment, est-ce être extrémiste que de demander que ne soient plus homologuées en Nouvelle Calédonie des substances interdites en Europe pour leur extrême toxicité ou écotoxicité ?

Est-ce être extrémiste d’avoir consenti à faire passer notre liste de substances à interdire de 30 à 13 dans un premier temps afin de vous laisser le temps de l’adaptation ? (30 sur 500 homologuées en UE, cela fait environ 5% !)

Et savez-vous que nous demandons en même temps que l’interdiction des substances actives INTERDITES en Union Européenne, des mesures d’accompagnement technique et financier pour vous permettre une conversion à des méthodes moins agressives pour la santé humaine et l’environnement ? (afin de rassurer les contribuables, il faut préciser que des aides financières existent qui pourraient être réorientées ex. prime aux gros consommateurs de gazole, aide en nature sous forme d’engrais etc).

Savez-vous aussi que nous demandons que soit imposé aux importateurs un cahier des charges qui permettrait d’avoir l’assurance que les produits importés n’ont eux aussi pas été traités avec des substances interdites en UE ? … que nous demandons à la DAVAR d’effectuer des contrôles TANT sur les produits locaux que sur les produits IMPORTES ?

Une quinzaine de contrôles ont été effectués de mars à octobre 2008. Nous demandons la communication de leurs résultats depuis plusieurs mois. Pourquoi n’en disposons-nous toujours pas au 2 avril 2009 ?

Alors nous vous disons que VOS accusations sont infondées, que nous ne voulons pas être les boucs émissaires du malaise de la profession, malaise réel mais bien antérieur à nos interventions et contre lequel nos propositions constitueraient indéniablement une aide efficace…

A ce propos, si on parlait fertilité des sols et rendement A LONG TERME ? Savez-vous que chaque année, la Terre perd 10 à 12 millions d’hectares cultivables ? A cela de multiples raisons parmi lesquelles leur mise à nu par les herbicides, les pratiques culturales agressives pour la vie du sol…(cf. la conférence du professeur NAHON de la faculté d’Aix-Marseille l’an dernier à l’IRD). Et pourquoi la Calédonie échapperait-elle à ce phénomène ?  Avez-vous oublié les émeutes de la faim de l’année passée ? Alors qu’aujourd’hui les 2/3 de l’humanité ne mangent pas à leur faim, qu’en sera-t-il demain avec encore moins de terres arables ?

Les pesticides éliminent la microfaune du sol, alliée de l’agriculteur, les rendant stériles. Du coup vous devez fertiliser. Combien vous coûtent les engrais ? Et en ajoutant une dépense en pesticides d’un million de francs par an, votre rentabilité serait améliorée même dans l’hypothèse d’une baisse de rendement…

Les phytosanitaires sont utilisés pour leur efficacité et leur efficacité repose sur leur toxicité. Et quand les auxiliaires des cultures, les pollinisateurs en particulier auront disparu, que ferez-vous ?  Malgré un encadrement des substances meilleur que celui existant en Nouvelle Calédonie, « La mortalité des abeilles atteint 30% dans l’Union européenne et met en danger la sécurité alimentaire » dit l’eurodéputé Breyer.

L’agriculture conventionnelle contribuerait pour 40% au réchauffement climatique. Est-il sage de persister ? (cf propos de Mr Monvoisin déplorant les pluies continuelles, LNC du 2 avril 2009)

Vous mettez en avant le prix des produits bio; ils seraient 4 fois plus chers. Aujourd’hui, cela n’est pas vrai pour tous  les produits  bio disponibles. Et si la comptabilité prenait en compte les coûts actuellement externalisés (sanitaires et environnementaux), cela ne serait JAMAIS vrai ! Pour notre part, nous estimons préférable de payer moins de cotisations maladie et de mieux rémunérer le travail des agriculteurs.

Et si vous pensez que, pour vous, l’agriculture biologique ne peut pas être une alternative viable, reste l’agriculture intégrée qui n’interdit pas les pesticides mais ne les utilise qu’en dernière intention, après avoir TOUT mis en œuvre en amont pour s’en passer en aval (sélection des espèces et des variétés par rapport au terroir, polycultures, association d’espèces  » partenaires « , rotation des cultures, lutte intégrée – biologique et  physique-…).

Notre  » semaine sans pesticides  » a déplacé plusieurs milliers de personnes à la FOL et au Parc Forestier de Nouméa. Nous sommes contactés par de nombreuses personnes désireuses de relayer le message du film, en brousse et aux îles. Notre action est légitimée par cette formidable adhésion. Nos visiteurs sont autant de consommateurs convaincus de la supériorité de l’agriculture biologique. Il y a donc un formidable marché !

Vous concluez en déclarant avoir conscience qu’il faut effectivement trouver des alternatives aux pesticides et que les associations sont des garde-fous. Merci d’en convenir. Vous avez notre entière approbation : notre  rôle est indispensable et c’est pour cela que nous continuerons à dire, sans discriminer quiconque et parce que c’est indiscutable, que l’agriculture telle qu’elle est pratiquée dans nos pays depuis une cinquantaine d’années est une impasse sociale, sanitaire et écologique.

Eu regard aux dérèglements climatiques (réchauffement, sécheresse, inondations,…) qui commencent à affecter sensiblement l’agriculture mondiale, notamment chez nos plus proches voisins, et de la crise énergétique à venir, nous considérons que l’agriculture est en Nouvelle-Calédonie un secteur d’avenir qui mérite, tout comme ceux qui la font vivre, les agriculteurs, d’être pleinement reconnu et soutenu.

Bien cordialement à vous.

Pour EPLP, Martine Cornaille.

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