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Le risque chimique

Exposition aux pesticides à usage agricole (1), aux insecticides des épandages de la lutte antivectorielle (2), aux produits de désinsectisation des maisons et jardins (3), à l’amiante environnementale (4), au mercure des poissons pélagiques (5)… EPLP a, depuis 5 ans maintenant, dû se faire la triste spécialité de dénoncer la non prise en compte du risque chimique en Nouvelle-Calédonie. Et voilà qu’elle est rattrapée par une nouvelle « affaire » en attendant la suivante (6)…

Le territoire a bruissé ces derniers temps de « l’affaire des poteaux de l’OPT ». De quoi s’agit-il et plus généralement, pourquoi a-t-on à connaître de tels « épisodes » ?

Voyons l’OPT d’abord. Certains bois (7) (selon l’espèce et le type de « culture » dont ils ont fait l’objet…) sont vulnérables aux attaques d’organismes vivants (Bactéries, Champignons, Insectes) et aux conditions climatiques. Ces altérations entraînent en particulier une perte de résistance mécanique. Des « traitements de protection » (protection du bois mais pas des Hommes et de leur environnement !) sont mis en œuvre pour accroître leur durée d’usage. Ces traitements consistent à injecter sous pression dans les cellules de l’arbre, des pesticides, créosotes ou « métaux lourds » -ex. CCA pour Cuivre, Chrome, Arsenic etc-. Les créosotes obtenues par distillation du goudron sont des mélanges de plus de 150 composants, au premier rang desquels des polluants classés prioritaires (par l’EPA, l’OMS…), les HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques). Les HAP sont répertoriés comme polluants organiques persistants (POP) par le protocole d’Aarhus(ratifié par la France en 2003 mais non applicable en NC faute de traduction en droit interne…). Les HAP peuvent être stockés dans les sols ou circuler (adsorption, percolation, bioturbation), ils peuvent contaminer l’air et l’eau. Ils peuvent passer d’un compartiment environnemental (eau, air, sol) à l’autre.

Ces divers produits de traitement du bois sont toxiques et écotoxiques : l’arsenic est cancérigène et les créosotes, mutagènes, cancérigènes probables, immunodépresseurs et reprotoxiques.

La préparation et le stockage des bois ainsi traités doivent donc faire l’objet de mesures de précaution afin que les personnes ayant à les manipuler (voire des riverains !) ne soient pas exposées à ces puissants toxiques et afin d’éviter la contamination de l’atmosphère, des sols, des eaux de surface et souterraines.

Or l’OPT a stocké pendant une vingtaine de jours des poteaux créosotés sur un site de DUCOS sans précaution aucune, en particulier pour ses agents. Les riverains, incommodés par les vapeurs, voire rendus malades, ont alerté EPLP et la justice… EPLP qui souhaitait faire procéder à des analyses s’est vu refuser l’accès au site au motif qu’il s’agissait d’une propriété privée ; nous estimons que l’argument est bien peu pertinent ! Espérons que le « propriétaire », un établissement public, a fait réaliser en temps et en heure, les prélèvements et mesures qui s’imposaient et qu’il nous en communiquera sans délai les résultats…

Mais ce cas OPT n’est pas un cas isolé. Beaucoup d’activités exposant des travailleurs aux molécules CMRP-N (= Cancérigènes, Mutagènes, Reprotoxiques, Perturbateurs endocriniens, Neurotoxiques) existent sur le territoire (réparation automobile, bois, chimie, construction, métallurgie, désinsectisation, agriculture, pressing, peinture…) alors que la délibération sur le risque chimique est ENCORE, à cette date, un projet gouvernemental ! -Et de surcroît, si elle « sort » un jour, sachez qu’elle ne sera applicable qu’aux salariés du privé, pas aux fonctionnaires ! Sans doute sont-ils d’une autre « essence » et réputés plus résistants aux poisons ?!-

EPLP réitère sa demande initiale de 2008 et exhorte les pouvoirs publics à réviser la règlementation pesticides à usage agricole et à règlementer de toute urgence l’utilisation des biocides à usage non agricole (particulièrement les produits de traitements du bois et les produits de désinsectisation…). Des poisons violents sont chez nous en vente libre et les acteurs économiques ayant à les utiliser ne sont contraints par aucun cadre règlementaire relativement à leur importation et leur utilisation !

Enfin, EPLP demande dans le cadre d’une nécessaire protection sanitaire, que soit donné un statut aux déchets dangereux et que leur stockage et leur élimination soient règlementés strictement afin que leur gestion fasse l’objet d’une traçabilité et satisfasse au respect de la santé et de l’environnement.

Cela concerne les bois traités aux créosotes et autres CCA. Cela concerne aussi les bois peints ou vernis, panneaux de particules, agglomérés, contreplaqués, et placages contenant des substances dangereuses. Tous ces bois « traités » (poteaux, panneaux, sciures, chutes…) arrivés en fin de vie devraient être classés déchets dangereux.

Or, la Nouvelle-Calédonie, pourtant pays industriel, ne produit à ce jour, AUCUN déchet dangereux … En tout cas, elle fait comme si puisque ce statut n’existe pas dans les textes et que rien n’est fait pour leur recensement et leur élimination (en dehors des huiles, batteries et piles) ! Et cela alors qu’un investisseur a estimé que le « gisement » était de plusieurs milliers de tonnes par an sur le Caillou ! Où « passent-ils » donc ces déchets dangereux ? Cédés à titre gracieux ou onéreux, éliminés de façon « sauvage », nul doute que certains se retrouvent dans des habitations ou dans des BBQ…

Nous estimons que toutes ces « crises sanitaires » calédoniennes révèlent autant de dysfonctionnements des institutions en charge de la santé et de l’environnement. Absence de volonté politique, inexistence ou obsolescence des normes, attitude complaisante à l’égard des « déviants », conflits d’intérêts, tout est en place pour que nous déclarions la situation extrêmement grave.

Nous lançons donc un appel à tous ceux dont la responsabilité pourrait un jour être recherchée (OPT, distributeurs d’électricité, industriels du bois, désinsectiseurs/dératiseurs, agriculteurs, réparateurs automobiles, miniers-métallurgistes, maires…) pour qu’en concertation avec le territoire, responsable de la santé, et les provinces, responsables de l’environnement, ce dossier du risque chimique soit pris à bras le corps et avance enfin. Pour que nous n’ayons plus à recevoir de Mamans désespérées parce que leur enfant a une malformation congénitale ou un cancer en lien avec l’exposition à des CMRP.

Ce n’est plus seulement l’exposition des générations présentes qui nous préoccupe mais aussi celle des générations futures…

Pour EPLP, Martine Cornaille

  1. EPLP a 2 recours pendants devant le Tribunal administratif de Nouméa et deux autres devant la Cour Administrative d’Appel de Paris. Après x condamnations, le gouvernement, encouragé par la DAVAR, persiste et signe en continuant d’homologuer des « pesticides » à usage agricole dont l’Union européenne estime qu’ils ne satisfont pas aux nécessaires conditions d’innocuité sanitaire et environnementale !

  2. Si la fréquence des épandages a bien été réduite et qu’une alternative est en cours de test (?), la communication de la DASS est toujours aussi lénifiante quant à la toxicité de la molécule utilisée et le service d’alerte épandage du SIPRES-mairie de Nouméa- n’est toujours pas opérationnel…

  3. Projet de délibération dans les cartons depuis 2009 ; son auteur a repris l’avion… En attendant son adoption éventuelle, le chlorpyrifos (organophosphoré classé parmi les molécules les plus préoccupantes qui soient) est encore pulvérisé sans le moindre avertissement dans nos jardins ou ceux de nos voisins alors que nos enfants y jouent…

  4. Condamnation de la SLN pour faute inexcusable en matière d’exposition de travailleurs. Où est le complément de règlementation nécessaire à la protection des locataires par exemple ?

  5. Problématique connue des services depuis 2005 et tue jusqu’en août 2011. Non « complètement » traitée de surcroît… A noter que la DPASS sud nous refuse la communication d’un courrier qu’elle a adressé à la DAVAR le 6 décembre 2010 et faisant état de sa préoccupation relative au nombre de malformations observées, en possible lien avec l’imprégnation mercurielle des mères…

  6. Sait-on ce que sont devenus tous les transformateurs au pyralène de Nouvelle-Calédonie, interdits en métropole depuis 1987 ? Il semble bien que leur inventaire n’a pas été exhaustif…

  7. D’autres bois sont naturellement résistants. Ils le sont d’autant plus qu’ils ont poussé sans chimie de synthèse qui diminue leurs capacités de résistance (cf plan sylvicole de la Province sud –pourtant prévu avec engrais et pesticides !-). C’est la recherche de la rentabilité du plus court terme qui, en faisant préférer des bois de pousse rapide et « forcés » à la chimie, nous égare là encore…

Note : le rendez-vous demandé au gouvernement le 5 mai 2011 et régulièrement renouvelé depuis afin d’évoquer ces problématiques est resté sans réponse.

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Commentaires

  1. André Bilou  mai 1, 2012

    Au sujet des risques chimiques ils sont multiples, et dans votre paragraphe 4 vous sitez la SLN, l’ amiante sera surement le scandale de la prochaine décennie, comme les implants mammaires, les médicaments empoisonnés d’effets secondaires ect ect…la pollution par hydrocarbures de la cote blanche , une petite marée noire a dit le gar à la télé..les huitres immangebales de la rivière de Dumbéa, le série de continue toujours et toujours et les radios et la télé semblent plutot bien les relayer, même si ensuite on n’ a plus de suite.
    Cependant j’ apprends par les journeaux et la radio qu’ il y a a eu une deuxième accident grave par brulure par acide sur Goro à l’usine du sud, et la c’est vraiment le risque chimique le plus parfait comme exemple immédiat.
    Allez vous réagir régier et exiger une explication qui soit pas une langue de bois?
    Et est ce que cet accident a entrainé une pollution acide de l’environnement ou non? des preuves?
    Il y a il eu un suivi environnement après cet accident? de la qualité des sols comme de l’air aussi?
    On m’ a pas répondu et leur directeur est pas joignable, et pas plus son remplçant pour l’environnement , ils sont peut être tous en congés comme pour l’ accident d’ acide de 2009 si je me souviens bien, bizarre non ?
    On n’ a pas entendu leur directeur des risques et de la santé des travailleurs non plus?
    J’espère que l’on aura droit à des explications , sans trop tarder. il faut pas des mois pour dire ce qui s’est passé et si l’environnement a encore une fois pris un coup.

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    • cornaille  mai 22, 2012

      Bonjour Anne,
      Nous sommes nous aussi dans l’attente d’informations, d’explications de la part de Vale quant à cette nouvelle fuite d’acide… Nous n’avons pas plus que vous les moyens de contraindre l’industriel à s’expliquer !
      Nous faisons tout ce que nous pouvons pour alerter et demander une meilleure gouvernance. Mais nous nous sentons souvent très seuls face à des mastodontes…
      Si vous voulez nous donner un coup de main, bienvenue !
      Nous attendons communication de mesures de fibres d’amiante réalisées par la DASS autour de Doniambo. D’autre part, une autre association a fait de l’amiante sa spécialité.
      Cordialement,
      Martine Cornaille

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  2. Anne  mai 1, 2012

    c

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