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Protection des requins

Le 7 janvier nous avions envoyé un courrier à nos responsables politiques. Aujourd’hui le gouvernement nous donne satisfaction mais les provinces restent encore à convaincre…

 Voici le texte envoyé :

Protection de toutes les espèces de requins dans toutes les eaux calédoniennes

 A Monsieur le Président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie,

A Madame, Messieurs les Présidents des provinces calédoniennes

Madame, Messieurs,

Mal-aimés et mal connus, les requins ont la triste mais fausse réputation de « mangeurs d’hommes ». En effet, on leur impute en moyenne moins de 4 attaques mortelles par an dans le monde contre 18 décès provoqués par des chiens aux seuls USA…

Les requinologues attribuent les attaques récentes à l’augmentation du nombre des « usagers humains» de la mer ou à l’élévation de la température des océans et non à une augmentation de la férocité ou du nombre de requins. Au contraire, apparus sur Terre il y a environ 420 millions d’années, ce sont mille espèces de poissons cartilagineux (à comparer aux 28 000 espèces de poissons osseux  recensées !), dont les requins, qui sont désormais menacés par la surpêche, la pollution et des pratiques culturelles (particulièrement médecine et cuisine traditionnelles asiatiques).

Si beaucoup de requins sont des prédateurs, ils participent cependant aux grands équilibres naturels garants du maintien de la biodiversité marine. La disparition de ces « maîtres de la mer » serait un drame écologique (et économique) car ils jouent un rôle primordial pour maintenir la vie dans les océans. Placés au sommet de la chaîne alimentaire, ils éliminent en effet les individus les plus faibles et régulent les populations des catégories de rang inférieur. Leur disparition entraînerait une augmentation anormale et donc indésirable de certaines espèces. Par exemple, la surpêche du requin au Nord-est des Etats-Unis a eu pour conséquence une multiplication des raies qui se nourrissent de coquilles Saint-Jacques, dont le nombre a, en toute logique, diminué de façon inquiétante, mettant en danger l’économie locale.

Les requins pratiquent la fécondation interne par accouplement, comme les mammifères. Leur maturité sexuelle peut être tardive et ne se produire qu’au bout de 20 ans. La gestation peut atteindre 9 mois (cas de la petite roussette Scyliorhinus canicula) et jusqu’à deux ans (chez le requin baleine Rhincodon typus). Chez certains, le nombre de petits est important ; il peut dépasser 200 chez les requins marteaux. Par conséquent, la capture d’une seule femelle gestante est un drame pour la pérennité de l’espèce.

Chaque année, 75 à 100 millions de requins sont pêchés dans le monde pour leur chair, représentant jusqu’à 1,2 million de tonnes de poissons (équivalent massique de 120 tours Eiffel !). Sur cette quantité, environ 7 000 tonnes d’ailerons sont prélevés afin de cuisiner un « potage de fête traditionnel» vendu jusqu’à 150 euros le bol.

D’autre part, aucune des allégations thérapeutiques avancées pour la consommation de requin n’a pu être vérifiée, tant pour les reins, que les poumons, la libido, ou la croissance. Ils représentent par contre une manne financière pour les 85 pays participant au massacre. Pour combien de temps encore ?
Parallèlement, la surpêche et la pollution, la dégradation des milieux naturels, notamment côtiers par urbanisation,  agissent de manière insidieuse et irréversible sur la physiologie des animaux et des plantes. Des produits chimiques issus de l’industrie pénètrent dans les eaux où ils contaminent les espèces animales et végétales. De par leur régime alimentaire, les requins que l’Homme consomme en bout de chaîne se sont donc nourris de poissons et autres organismes contaminés, particulièrement par le mercure (le mako est, en Nouvelle-Calédonie, la 3° espèce la plus contaminée)…

On estime qu’un tiers des espèces de requins sont menacées ou quasiment menacées d’extinction.

C’est pourquoi nous avons l’honneur de renouveler notre demande de 2008, visant à faire de toutes eaux marines calédoniennes un sanctuaire pour les requins, tous les requins. Nous vous demandons d’instaurer les nécessaires adaptations règlementaires et d’obliger à des techniques de pêche conservatrices. Pour les plaisanciers, aucun requin ne devrait être remonté à bord.

La protection des requins, accompagnée d´un écotourisme durable parce que raisonnable, est non seulement une nécessité éthique et écologique, mais elle est aussi une alternative économique à la pêche… C’est ce que la Polynésie française a considéré le mois dernier (début décembre 2012), en faisant de l’intégralité ses eaux un sanctuaire pour tous les requins. Avec une zone de plus de 5 millions de km2, cette « désignation » crée le plus large sanctuaire pour requins au monde qui double la taille de la surface déjà protégée par l’ensemble des six sanctuaires pour requins existants  (Palau, Maldives, Tokelau, Honduras, Bahamas et Marchall). Il nous semble que la Nouvelle-Calédonie gagnerait à rejoindre ce vertueux cortège…

D’avance nous vous remercions de l’attention que vous porterez à notre requête et vous prions d’agréer, Madame et Messieurs les Présidents, nos meilleures salutations écologiques.

 Pour EPLP, la Présidente,  Martine Cornaille

Le 7 janvier 2013

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