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consommation de pesticides à usage agricole en Nouvelle-Calédonie

COMMUNIQUE DE PRESSE 31 octobre 2014

Le président de la province sud et son très jeune élu à la tête de la commission provinciale de l’agriculture, ont présenté lors des récentes Assises du développement rural, des statistiques extrêmement rassurantes relatives à la consommation calédonienne de PPUA (produits phytosanitaires à usage agricole ou pesticides).

EPLP a, une nouvelle fois, la désagréable mission de faire savoir aux Calédoniens que les chiffres avancés sont COMPLETEMENT ERRONES.

Erronés au point que nous estimons que les élus ont engagé une manipulation ou qu’ils ne maîtrisent vraiment pas leur dossier.

Dans un cas comme dans l’autre, c’est affligeant et préoccupant.

Venons-en au fait.

L’agriculture calédonienne consommerait 0.8 kg de pesticide / hectare et par an (année ? source ?) tandis que l’hexagone en aurait consommé 5.4 kg / ha / an (année ? source ?) (le Sénat donne 4.4 kg / ha / an en 2011).

Et de se féliciter que la NC fait très très largement mieux que la métropole…

Or l’  « erreur » est colossale puisque la consommation calédonienne réelle est :

en 2008 de 12.77 kg / ha / an soit 16 fois plus qu’annoncé,

en 2012 de 9.06 kg / ha / an soit 11 fois plus qu’annoncé,

en 2013, de 6.45 kg / ha / an soit 8 fois plus qu’annoncé!

Excusez du peu !

La NC fait donc largement pire que l’hexagone réputé pourtant très peu vertueux puisqu’il obtient régulièrement un podium mondial…

Triste record battu et de loin, par notre territoire…

Explication : il convient de comparer des choses comparables et pas des choux et des claquettes.

Le site du gouvernement français pesticide-info* donne : « La France, par la consommation rapportée au nombre d’hectares cultivés (hors prairies permanentes), occupe le 3e rang européen avec 5,4 kg/ha/an. »

En effet, les pesticides sont épandus sur la surface agricole utile HORS PRAIRIES, c’est-à-dire sur la SAU CULTIVEE.

Notre calcul est donc le suivant (cf sources DAVAR*):

Surface agricole utile en NC : 182 026 ha dont 95.8 % consacrés à l’élevage et 4.2 % consacrés aux cultures soit 7 645 ha cultivés (on suppose cette surface constante dans nos calculs)

Consommation 2008 de pesticides : 97.6 Tonnes

Consommation 2012 de pesticides : 69.3 Tonnes

Consommation 2013 de pesticides : 49.3 Tonnes

Il vient :

2008 : consommation calédonienne annuelle par hectare cultivé = 97.6 / 7 645 = 12.77 kg

2012 : consommation calédonienne annuelle par hectare cultivé = 69.3 / 7 645 = 9.06 kg

2013 : Consommation calédonienne annuelle par hectare cultivé = 49.3 / 7 645 = 6.45 kg

Le jeune Metzdorf et son mentor auraient-ils divisé la consommation de pesticides par la totalité de la surface agricole utile ? ERREUR GROSSIERE !

Circonstance aggravante pour la Nouvelle-Calédonie: nous lisons dans pesticides-info.gouv * « Les usages agricoles. Un nombre limité de cultures (céréales, maïs, colza et vigne) qui occupent moins de 40% de la Surface Agricole Utile (SAU) consomment à elles seules près de 80% des pesticides commercialisés chaque année. La vigne, avec moins de 3% de la SAU, représente 20% des usages (il s’agit pour 80% de ces produits de fongicides). La fréquence et les doses appliquées sur ce type de cultures participent fortement à la dose moyenne appliquée annuellement (5,4 kg/ha/an en France) ».

On observe donc que les cultures les plus grosses consommatrices de PPUA dans l’hexagone sont les « grandes cultures » et la viticulture, quasiment absentes en NC. Ce sont donc près de 80 % de pesticides qui devraient être consommés en moins en NC (soit : – 5.4 x 80 % = – 4.3 kg) et la consommation calédonienne devrait s’établir sur cette base à 1.26 kg / ha / an.

On en est très très loin…

S’agissant maintenant « des formidables progrès réalisés en 10 ans » dans ce domaine de la consommation des pesticides, nous notons in*

http://www.senat.fr/rap/l02-215-2/l02-215-239.html

« 2. Evolution

L’idée couramment avancée par les professionnels et les fabricants est que la tendance lourde est à la diminution des volumes utilisés. Cette idée part du constat qu’avec les exigences posées par la réglementation – voir annexe sur la commercialisation des pesticides – l’élaboration des produits est de plus en plus sophistiquée et les matières actives de plus en plus spécifiques, permettant une réduction notable des doses. Selon l’UIPP (Union des industries de la protection des plantes), il fallait 1 000 grammes de matières actives à l’hectare en 1950, il en faut 100 grammes aujourd’hui, et d’ici 10 ans, 10 grammes suffiront. »

Donc du seul fait des « progrès techniques », la consommation de pesticides aurait dû « spontanément » baisser considérablement.

NOUS SAVONS, NOUS, que la diminution des tonnages de PPUA consommés en NC est liée à nos actions contentieuses (auxquelles nous sommes malheureusement contraints par l’autisme de nos interlocuteurs, notamment ceux de la Chambre d’agriculture de la NC, des syndicats agricoles et les élus en charge du dossier, y compris les nouveaux acteurs…) et à leur médiatisation.

Enfin, les habitudes locales en la matière étaient tellement hors normes que progresser, même de façon importante, ne présentait pas de difficulté.

Alors, fallait-il vraiment se congratuler publiquement et dénigrer les associations et leurs représentants qui se battent depuis 7 ans pour le bien de tous (information, sensibilisation des acteurs + une trentaine de  contentieux pesticides engagés, pratiquement tous gagnés…) ?

On ne  doute pas que la réponse est NON !

Nous ne sommes pas et n’avons jamais été dans l’ « agribashing ». Preuves à l’appui, nous dénonçons des pratiques laxistes ou non règlementaires, voire pénalement répréhensibles.  Si le « assobashing » auquel s’adonnent ces messieurs peut à l’évidence servir leurs petits intérêts personnels, il ne les grandit pas…

Comme suites à ces pitoyables déclarations de la province sud, nous proposons aux élus :

de publier un rectificatif à leurs déclarations, cela les honorerait…

de nous interroger à l’avenir sur les dossiers que nous traitons bénévolement mais SERIEUSEMENT et depuis longtemps, avant de proférer publiquement de telles bêtises, et ainsi éviter de se déconsidérer.

Avant d’en terminer, nous souhaitons préciser que la province sud ayant fixé la date de tenue de ces assises sans concertation préalable avec EPLP, nous n’avons pu y participer et nous le déplorons. Nul doute que nous aurions pu rétablir quelques vérités d’emblée…

Nous observons par ailleurs que ces derniers mois, les diverses institutions font dans la surenchère avec le monde rural ; parce qu’il n’est sans doute pas question pour les élus de tel ou tel parti de laisser échapper les voix de la brousse. Et c’est donc à qui en fait le plus.

On se croirait aux jeux olympiques : « citius, altius, fortius » ! ***

Et tout ça aux frais des contribuables bien sûr !

Pour EPLP, la Présidente,

      Martine Cornaille

*  Sources :

Site pesticides-info.gouv.fr

Site davar.gouv.nc , consulter les mémentos agricoles

http://www.senat.fr/rap/l02-215-2/l02-215-239.html

** Ne pensez-vous pas que la seule lecture des chiffres, notamment les plus « anciens », légitime notre action que nous avons voulue très incitative pour de meilleures pratiques visant à une meilleure santé des applicateurs et des consommateurs, ainsi qu’à une meilleure prise en compte de notre environnement…?

***  310 Millions FCFP d’indemnités sécheresse alloués par Mme Backès aux pauvres cigales en août 2014… Depuis toujours la NC connaît des épisodes sévères de sécheresse. Où sont les retenues collinaires ? Plus facile de ne rien faire et de percevoir indemnisations et aides…

30 ans que cela dure. Quelle gabegie !

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Commentaires

  1. Paul  novembre 1, 2014

    Hmm, la baisse du tonnage n’est elle pas également due à l’utilisation de produits plus puissants et donc plus toxiques ?

    répondre
  2. Fred  novembre 4, 2014

    La baisse du tonnage entre 2012 et 2013 concerne uniquement les herbicides (source: Mémento Agricole, données 2013, DAVAR). Elle pourrait être due à une augmentation de la concentration en matière active des produits commerciaux importés.
    Les tonnages des insecticides et fongicides importés sont en augmentation (respectivement +35% et +26%).
    D’autre part les chiffres des phytos importés ne tiennent pas compte du développement des importations de semences traitées (semences de maïs et squashs traitées au Gaucho). Ce traitement des semences permet de moins traiter les cultures.

    répondre

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