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Annexe Forêt humide

Etat des lieux :

Définition

« Ce sont les formations végétales les plus hautes, et les plus riches en espèces du Territoire. Elles se caractérisent par une strate arborescente de 15 à 25 m de hauteur et un sous-bois relativement dense. Elles sont composées d’arbres, d’arbustes d’arbrisseaux et de lianes à feuilles persistantes. Leur strate herbacée est constituée principalement de fougères.

Elles se rencontrent sur tous les massifs, le plus souvent situées à des altitudes comprises entre 500 et 1 000 m, soit dans des zones recevant entre 1 500 et 3 500 mm de pluie par an. Sur les versants Est plus arrosés, elles descendent généralement plus bas, mais en dessous de 500 m, elles couvrent rarement des versants entiers, restant localisées à quelques talwegs et le long des cours d’eau. D’une manière générale, elles occupent des sites humides où elles se sont trouvées à l’abri des feux. Sous leur forme typique et peu perturbée, elles couvrent environ 15 % de la superficie du territoire et 22 % si l’on prend en compte les formations de transition.

Localisation

Plusieurs catégories de forêts humides peuvent être distinguées en fonction de l’altitude et du substrat géologique :

* des forêts de basse et moyenne altitude situées de 0 à 1 000 m d’altitude

En dessous de 300 à 400 m, elles sont actuellement très rares. Elles ne sont pratiquement plus représentées que dans quelques sites privilégiés du massif du Sud (Rivière Bleue) et dans quelques vallées de la Chaîne Centrale et du massif du Panié, où elles sont entrecoupées de savanes à niaoulis. Les forêts à chênes gomme (Arillastrum gummiferum) qui occupaient primitivement de vastes zones en dessous de 500 m dans le massif du Sud et le long de la Côte Est jusqu’à Poro ne sont plus représentées que par des peuplements isolés souvent dégradés et qui régressent encore actuellement sous l’effet des feux répétés.

Entre 400 et 800 à 1 000 m, la forêt dense humide occupe le plus souvent des zones inaccessibles. C’est le domaine des forêts riches en palmiers, en pandanus et en essences exploitées pour leur bois : les « kaoris », les « hêtres », les « bois bleus », le « tamanou », le « houp », les « goyas ».

Les forêts sempervirentes sur calcaire sont surtout présentes aux Iles Loyauté et à l’Ile des Pins, sur les plateaux madréporiques soulevés. Elles sont moins riches en espèces que les forêts de la Grande Terre. Très défrichées, surtout à Maré ( feux, cultures).

Ces forêts n’occupent plus au total qu’environ 1 000 km2. En bordure du littoral, sur les falaises et les corniches madréporiques soulevées, la forêt sempervirente sur calcaire peut prendre une forme spectaculaire dominée par une strate arborescente de pins colonnaires (Araucaria columnaris) de très grande taille (des individus de 30 m de hauteur sont courants et des individus de 60 m ont été observés à Lifou.

* des forêts d’altitude

Elles acquièrent leur développement optimum au-dessus de 1 000 m, mais peuvent exister plus bas aux endroits bien exposés. Fréquemment recouvertes d’une nappe nuageuse, elles bénéficient d’une pluviométrie très importante de l’ordre de 3 500 à 4 000 mm. La strate supérieure composée d’arbustes tortueux ne dépasse guère 10m de hauteur. La flore est moins riche que celle des forêts de plus basse altitude, mais les fougères, les orchidées, les épiphytes, les mousses et les conifères sont nombreux et variés. Ces forêts renferment une bonne partie des familles endémiques de l’archipel : Paracryphiacées, Strasburgeriacées, Phéllinacées.

* Richesse

Flore

Les forêts denses humides sont avec plus de 2 000 espèces de plantes à fleur et de fougères, les formations végétales les plus riches du Pays. 82 % de ces espèces sont endémiques et beaucoup sont localisées à une catégorie de forêts, à un type de substrat et parfois même à une seule localité

Faune

La forêt dense humide est aussi le refuge d’un très grand nombre d’espèces animales :

Poissons, anguilles et crevettes dans le creek

Insectes, araignées, papillons sous la voûte forestière

Cagous, notous, pigeons verts et perruches parmi les oiseaux

Cochons sauvages, cerfs, roussettes parmi les mammifères

Lézards et geckos chez les reptiles

* Vocations

Conservation

La forêt humide est avant tout le conservatoire, le refuge de nombreuses espèces animales et végétales plus ou moins rares, plus ou moins menacées. Milieu fragile, complexe, variable, elle joue aussi d’autres rôles importants :

C’est un lieu privilégié d’apparition des sources, creeks et rivières

Elle stabilise des zones pentues et rocheuses contre l’érosion

Elle colonise des régions montagneuses et des zones difficiles (climat rigoureux, sols pauvres

Elle limite le ruissellement d’eau et l’évaporation et participe ainsi au climat local

Elle maintient la diversité et la beauté des paysages

Elle participe à la biodiversité mondiale

Elle piège le gaz carbonique de l’air et contribue à limiter l’effet de serre

Production de bois

L’exploitation forestière à des fins commerciales, très active au début du siècle a été fortement réduite.

Récréation

Lieu agréable et reposant, parfois mystérieux, la forêt attire de tout temps les regards et les amoureux de la Nature. Un certain nombre d’aires de repos, de sites de baignade, de sentiers de randonnées ont été aménagés pour le public, surtout en Province Sud (Bois du Sud, Rivière Bleue…).

La forêt joue aussi un rôle non négligeable dans les loisirs de chasse et de pêche et comme un appoint alimentaire pour les populations rurales.

* Réglementation

Il existe un certain nombre de textes relativement anciens qui régissent la forêt :

Décret de 1910 sur le Régime forestier : Interdiction formelle de défricher les régions situées à plus de 600 m d’altitude, les versants de pente dépassant 60 %, les crêtes et sommets sur 100m de large, les bords de creek su 10m de large

Délibération de 1959 : Interdiction de récolter des arbres et autres produits de la forêt sans autorisation

Décret de 1951 et Délibération de 1960 : Classement des forêts pour cause d’utilité publique

Délibération de 1968 : mise en place de périmètres de protection des eaux

Décret de 1954 : Mise en place de périmètres miniers (Forêt de Saille)

Délibération de 1980 : création d’aires naturelles protégées ex : Parcs territoriaux de la Rivière Bleue et de la Thy, Réserve naturelle intégrale de la Montagne des Sources, Réserves botaniques du Mt Panié et du Mt Humbolt, Réserve de faune dont Aoupinié dans le Nord et Haute Yaté dans le Sud.

Le résumé ci-dessus est une synthèse de textes de Messieurs T.JAFFRE, . J-M VEILLON, .Ch. PAPINEAU, extraits de « La forêt en Nouvelle-Calédonie « Aperçu et perspectives – Compte rendu de la Journée de la Forêt du 1er juin 1994 à Thio.

Problématique

La régression des forêts tropicales menace gravement les équilibres naturels à l’échelle de la planète et constitue une atteinte irréversible au patrimoine génétique mondial.

En Nouvelle-Calédonie, les forêts humides, dont il ne subsiste que 30 % environ de la surface initiale sont, avec le maquis minier, les milieux naturels les plus riches en flore avec un taux de 82 % d’espèces endémiques. Les forêts humides constituent de ce fait une réserve génétique exceptionnelle, mais aussi un réservoir d’eau indispensable, un espace ayant une valeur culturelle forte et un potentiel touristique à développer.

Autrefois mises à mal par l’exploitation forestière, elles sont aujourd’hui gravement menacées par les feux de brousse, l’exploitation minière, la prolifération d’espèces exogènes, comme le cerf qui en empêche la régénération, une fréquentation incontrôlée qui l’expose au pillage et à la dégradation.

Face à ces menaces, des mesures urgentes s’imposent pour protéger ces espaces fragiles d’une richesse biologique remarquable et conserver les espèces qu’ils renferment.

Or, il faut se rendre à l’évidence :

* hormis quelques scientifiques ou amateurs éclairés, nous manquons de connaissances générales et approfondies sur ce milieu ;

* les connaissances existantes ne sont pas vulgarisées auprès du grand public et des décideurs et sont difficilement accessibles ;

* ce milieu n’est pas assez pris en considération par les décideurs en matière d’aménagement de l’espace, qui agissent souvent au coup par coup sans vision à long terme ;

* il échappe à la réglementation du Code de l’Environnement métropolitain, des Directives européennes, qui ne sont pas applicables en Nouvelle-Calédonie, mais aussi aux dispositions prévues par les Conventions internationales comme celle de Rio sur la Biodiversité pourtant applicable ;

* de façon générale, la Nouvelle-Calédonie souffre d’une absence de mécanismes de financement en matière de conservation ;

* les mesures de protection, quand elles existent sont rarement appliquées, faute de moyens sur le terrain ;

* l’éclatement des compétences en matière d’Environnement est un obstacle à une politique efficace de protection de la nature en Nouvelle-Calédonie, du fait de la disparité des mesures, de la diversité des interprétations. Elle favorise la fuite devant les responsabilités ou une compétition stérile.

(Cas spécifique des forêts sur roches ultramafiques)

La situation des forêts de basse et moyenne altitudes (0-950 m) sur roche ultramafiques est très préoccupante. Les feux ayant largement ravagé les massifs miniers, les reliques forestières notamment celle de basse et moyenne altitudes, sont aujourd’hui le plus souvent cantonnées à des talwegs naturellement protégés des incendies. Or c’est précisément dans ces talwegs que sont stockés les déblais miniers. Cette pratique qui, dans les années 70, a mis fin aux décharges sauvages, et qui à l’époque représentait un progrès considérable en matière d’environnement, trouve aujourd’hui ses limites et à des conséquences catastrophiques. En effet avec l’accroissement et l’extension de l’activité minière, et par là même l’accroissement des quantités de stériles déplacés (les masses décapées étant de plus en plus importantes en surface et en épaisseur), les verses de stockage deviennent de plus en plus nombreuses et condamnent progressivement les dernières reliques forestières de talwegs.

Certes les forêts sur les massifs de roches ultramafiques ont dramatiquement régressées à cause des feux répétés, mais aujourd’hui l’exploitation minière risque, si rien n’est changé dans les modes de stockage des déblais, de leur donner le coup de grâce.

Il serait donc désormais extrêmement urgent d’interdire toute destruction de forêt sur les massifs miniers. Le stockage devrait être fait sur les anciennes mines ou sur des zones de maquis ligno-herbacé (le type de maquis globalement le plus banal, hors mis la présence de quelques espèces endémiques liées à un seul massif, qu’il conviendra de prendre en compte au cas par cas).

Conclusion

La préservation des forêts humides ne pourra se faire en Nouvelle-Calédonie, sans une approche globale transdisciplinaire et une volonté politique forte animée par une vision à long terme.

N.B. Cette synthèse a été rédigée sur la base des réflexions et des échanges entre les participants de l’atelier « Forêts humides », mais aussi d’observations recueillies à l’occasion de rencontres informelles.

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