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Annexe La forêt sèche

Etat des lieux :

Introduction

La forêt sèche encore appelée « forêt sclérophylle» est un des écosystèmes les plus menacés de disparition. En effet, sa surface était estimée, avant l’arrivée de l’homme à environ 4 500 km². Il n’en reste plus aujourd’hui que des vestiges épars, dispersés, totalisant environ 350 km² (45 km² pour les faciès peu à moyennement dégradés qui subsistent).

Définition

Bien que souvent, le feuillage des ligneux qui la composent ne possède pas cette caractéristique, la forêt sèche est appelée aussi « sclérophylle» (feuillage coriace, vernissé). Elle est formée d’arbres et d’arbustes de taille modeste poussant souvent serrés. Le sous-bois, dense, est encombré par de nombreuses lianes et des arbustes. Aucune strate n’est réellement discernable. Le recouvrement de la couverture herbacée, à base de graminées, est proportionnel à la lumière disponible.

Localisation

1) Altitude

La forêt sèche est la formation végétale originelle des zones sèches de la côte ouest de la Grande-Terre. Sa limite supérieure se situe à environ 300m d’altitude, en fonction de la pluviosité moyenne.

2) Précipitations

Elle se développe dans des secteurs recevant des précipitations annuelles moyennes inférieures à 1100mm et subissant certaines années plusieurs mois consécutifs de sécheresse.

3) Substrat

Ils sont divers : schistes, argile, limon, grès, flysch, basalte, calcaires, phtanites. Schématiquement, on retiendra qu’elle se trouve sur tous les substrats sauf sur les substrats issus de roches ultramafiques. En raison des conditions édaphiques particulières, qui induisent une flore plus spécialisée, la végétation la plus sèche de ce substrat a été maintenue dans les maquis.

Composition

1) Qualitative

Il a été dénombré 410 espèces réparties en 246 genres et 91 familles. Parmi ces espèces, 230 sont endémiques, soit 56 %.

Les familles les mieux représentées en espèces endémiques sont :

* les Euphorbiacées et les Myrtacées (plus de 25 esp. chacune),

* les Rubiacées (22 esp.),

* les Apocynacées (19 esp.),

* les Rutacées (14 esp.),

* les Sapindacées (13 esp.),

* les Moracées (10 esp.),

* les Ebénacées (9 esp. de Diospyros),

* les Asclépiadacées (8 esp.).

En revanche, à cause de l’ambiance sèche, certains groupes ne sont pas ou peu représentés : épiphytes (mousses, fougères, orchidées), palmiers.

Les familles à caractères archaïques sont également absentes.

2) Quantitative

Le nombre de pieds appartenant à une même espèce est très variable d’un endroit à un autre. Hormis les invasions d’une ou de quelques espèces (gaïac, niaouli, bois de fer) liées à la secondarisation, la composition est assez équilibrée. Globalement, les espèces les plus fréquemment rencontrées appartiennent aux Sapindacées (Arytera, Cupaniopsis, Dodonaea). Chez les Euphorbiacées, Croton insulaire est très courant, ainsi que Cleistanthus stipitatus. Chez les Méliacées, on rencontre souvent Dysoxylum bijugum et Aglaia elaeagnoidea. Chez les Moracées, les 3 espèces de banians les plus communes sont Ficus microcarpa, Ficus obliqua et Ficus prolixa.

Originalités

Bien que, par rapport à la forêt humide et au maquis minier, la forêt sèche soit relativement appauvrie floristiquement, elle n’était, jusqu’à ces dernières années, que très imparfaitement connue car beaucoup de lambeaux sont enclavés au sein de propriétés privées et donc peu accessibles (problèmes de cadenas ou de propriétaires réticents).

On y trouve une vingtaine d’espèces rares ou très rares dont la distribution est cantonnée à quelques stations, parfois une seule. (Certaines de ces espèces, non encore décrites, sont provisoirement répertoriées sous leur numéro de récolte).

Citons-en quelques-unes, parmi les plus remarquables :

* Captaincookia margaretae, un très bel arbuste, peu ramifié, cauliflore, avec de jolies fleurs rouge rubis en clochettes pendantes. Il est cantonné dans quelques forêts sèches de la région de Poya – Pouembout ;

* Turbina inopinata, la seule convolvulacée endémique d’un genre essentiellement américain ! Cette liane a de belles fleurs rose-fuchsia ;

* Oryza néocaledonica, une espèce de riz endémique, trouvée (en un seul endroit), à Pouembout et à Néhoué. La découverte de cette espèce de riz accroît notablement la répartition du genre Oryza vers l’est dans l’océan Pacifique (la limite orientale jusqu’alors admise était l’Australie). Ce riz fait actuellement l’objet d’études génétiques ;

* Terminalia cherrieri, une espèce d’arbre de la forêt de Beaupré (nord de Bourail) et des forêts sèches de la région de Poya, qui vraisemblablement pourrait être utilisée pour reboiser certaines zones sèches de la Côte Ouest.

D’autres espèces moins rares, méritent d’être mentionnées, comme Schefflera apioidea (endémique) dont les formes juvéniles aux feuilles vert bronze délicatement ciselées sont commercialisées en Europe comme plante verte depuis la fin du siècle dernier.

Variations

La forêt sèche n’est pas un milieu végétal homogène comme la mangrove, qui est un exemple extrême. Elle est, au contraire, très variable. Aucun secteur ne ressemble exactement à un autre tant du point de vue de sa composition floristique que de son aspect physionomique.

La forêt sèche va du « grand fourré arbustif» ou de la « savane densément arborée» à la « presque forêt humide» à bancouliers des zones de piémont de la chaîne centrale. Les variations naturelles sont fonction de différents paramètres qui sont les précipitations, la richesse du sol, le vent, l’exposition, etc…

Problématique

La destruction de la forêt sèche peut être brutale (déboisement au bull, incinération des andains) pour une « mise en valeur» (lotissements, pâturages).

Mais elle est le plus souvent progressive. Elle se dégrade au fur et à mesure des feux successifs qui ont pour effet à la fois d’appauvrir la flore (disparition des espèces endémiques non résistantes au feu) et de favoriser l’invasion d’espèces extérieures, véritables pestes végétales, (sensitive géante (Mimosa invisa), paille de dixe (Imperata cylindrica), herbe tue-moutons (Heteropogon contortus), lantana (Lantana camara), goyavier (Psidium goyava), faux-poivrier (Schinus terebenthifolius), (qui jouent le rôle de pestes).

A noter que l’extension de certaines espèces endémiques ou indigènes peut être favorisée par le feu. L’exemple faux gaïac Acacia spirorbis est le plus flagrant. Le bois de fer Casuarina collina, le Gardenia urvillei, le Dodonaea viscosa, sont aussi dans ce cas, mais dans une proportion moindre.

Dans la pratique, les formations secondarisées occupent une surface très importante. Bien sûr, la transition entre « forêt sèche (« pure ») et « fourré à gaïacs» est continue, et il est souvent malaisé d’en tracer les limites (franche en photo-interprétation ou même sur le terrain).

Les handicaps de la forêt sèche :

La forêt sèche souffre de deux lourds handicaps concomitants et qui sont la cause de sa raréfaction :

1. L’espace foncier où elle pousse est convoité par l’Homme.

C’est, en effet, le littoral (au sens large) que l’Homme habite et c’est là qu’il exerce la presque totalité de son activité si l’on excepte la mine et l’exploitation forestière.

Le grignotement progressif de cet espace, naguère occupé par la forêt sèche, est dû à :

* la mise en valeur agricole (pâturages essentiellement)

* l’aménagement d’infrastructures de : communications (routes), constructions (lotissements, commerces), touristiques (hôtels, golfs…)

2. Aspect peu attrayant

Malgré toute sa richesse intrinsèque, la forêt sèche présente l’aspect de « brousses « qu’il conviendrait en toute logique de « nettoyer ».

En effet, on ne retrouve pas l’ambiance de fraîcheur et le côté à la fois mystérieux et grandiose qui fait tout le charme de la forêt humide (Koghis, Rivière Bleue).

La forêt sèche est basse, peu accueillante. De plus, la fourmi électrique Wassmannia auropunctata y a élu domicile, un élément de plus apporté à son discrédit.

Ses ennemis

La forêt sèche disparaît peu à peu sous des coups de boutoir d’origines diverses et dont les effets s’ajoutent :

* extension de l’urbanisme (voir « handicaps »),

* feux de brousse incessants (dans les rares zones non infestées de cerfs),

* appauvrissement de la flore d’origine et invasions biologiques (pestes),

* pression exercée par le bétail (cerfs, bovins, chèvres, cochons).

Sur certains secteurs, (Leprédour par exemple) le surpâturage est si extrême que la terre est nue et piétinée par le bétail sous les arbres. Il en résulte une asphyxie des racines pouvant entraîner une mort prématurée, mais, surtout, une condamnation de toute régénération. La moindre pousse, la moindre plantule, le moindre rejet est immédiatement brouté. Cela signifie que la forêt vit ses derniers jours.

Certaines espèces qui ne sont localisées que là sont en train de disparaître (Eugenia lepredourii, DAWSON Ined.) par exemple. Le cas du Pittosporum (disparu puis retrouvé en 3 exemplaires) ne semble pas être un élément suffisamment fort pour qu’enfin on se décide à faire cesser l’hécatombe.

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