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Annexe La mangrove

État des lieux :

Du point de vue de leur « biodiversité spécifique « les mangroves se placent parmi les milieux les plus pauvres de Calédonie du point de vue de leur flore. En revanche, la biodiversité animale apparaît tout à fait intéressante en ce qui concerne de nombreux phyla : notamment mollusques, crustacés, poissons, oiseaux.

La mangrove calédonienne est encore mal connue. Les publications scientifiques la concernant sont rares si l’on excepte la thèse de Thollot sur les poissons, un mémoire de maîtrise de géographie (O. Hoffer, 2004) et une petite synthèse publiée au CDP (Lebigre, 2004). Un gros financement vient cependant d’être accordé sans appel d’offres pour une cartographie complète… en 6 mois.

Si l’on met à part une importante partie du littoral du Grand Nouméa, l’état des mangroves calédoniennes est plutôt bon à excellent. Cela est rassurant quand on connaît les importantes fonctions (valeur instrumentale en biens et en services) de ce milieu et les usages qui s’y attachent, notamment la pêche aux crabes Scylla serrata. Cette espèce semble souffrir d’une ponction un peu trop forte localement.

Contrairement à une idée répandue, les mangroves calédoniennes semblent globalement en voie de progradation, ou en termes plus clairs se développent, grâce à l’apport de sédiments terrigènes provenant de bassins versants en érosion, notamment du fait de la présence d’exploitations minières. C’est le cas dans le delta de la Poya par exemple.

Jusqu’à présent, à l’initiative de l’IFREMER, la crevetticulture s’est faite aux dépens des tannes, recolonisés ou non par Avicennia, et non de la mangrove. Il y a cependant lieu de rappeler ce principe pour l’avenir.

A Nouméa, plusieurs centaines d’hectares de mangrove ont disparu depuis le XIXe siècle. Il n’y a là rien d’exceptionnel, l’artificialisation du rivage du fait du développement urbain étant un phénomène banal dans le monde.

On peut cependant regretter que des destructions soient encore perpétrées sans discernement et sans programme de restauration par compensation.

A l’heure actuelle, deux des dernières mangroves urbaines de Nouméa sont extrêmement menacées :

* celle résiduelle de Rivière Salée, pourtant spectaculaire devrait être considérée par la mairie de Nouméa et la Province Sud comme une chance incroyable de mettre en scène à faible coût un vrai joyau écologique, avec des tombées positives pour l’image de la ville à l’international. Au lieu de ça les atteintes à cette mangrove se multiplient.

* idem mais dans une moindre mesure pour la mangrove de Ouémo.

D’une manière générale, la Province Nord et la Province Sud ne manifestent que très peu d’empressement pour classer les marais à mangrove les plus remarquables de Nouvelle-Calédonie. La législation sur la zone des pas géométriques et l’obligation de servitudes permettant un accès au domaine maritime ne sont presque jamais respectées. Une partie des marais à mangrove de la Grande Terre est hérissée de barbelés ce qui en rend l’accès difficile pour d’éventuelles études.

Dans l’étude d’impact présentée en avril 2005 par le bureau de consultants Roche à propos du projet Koniambo, la mangrove n’a été ni étudiée, ni prise en compte. Cela semble symptomatique de l’intérêt porté à cet écosystème.

Jean-Michel Lebigre, professeur des universités, Géographie

Université de la Nouvelle-Calédonie

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