Les articles...

Annexe la Santé et l’Alimentation

Etat des lieux :

Les atouts remarquables dont dispose le Pays, en terme de qualité de vie par exemple : une situation géographique à l’écart des grandes métropoles urbaines, une pression démographique modérée, des conditions climatiques enviables, des grands espaces de nature sauvage, des sources de pollutions localisées, devraient logiquement induire une bonne santé des populations. Cette image idyllique peut se trouver renforcée par une information relativement parcimonieuse sur les pathologies sévissant sur le Territoire. Seules quelques campagnes médiatiques sur la dengue ou le sida troublent parfois cette image et nous rappellent que le Pays n’échappe pas aux problèmes de santé qui affectent les populations partout dans le monde. On y trouve à la fois des maladies étroitement associées à des conditions de vie précaires de population à faible niveau de vie (RAA, leptospiroses, gales, carences alimentaires…), mais aussi des maladies typiques des pays à haut niveau de vie (obésité, maladies cardio-vasculaires, diabètes, dépressions …). On y observe aussi des problèmes plus particuliers : des taux anormalement élevés de cancers de la thyroïde, d’asthme et de maladies liées à la présence d’amiante (cancers du mésothéliome).

Autrefois, les gens utilisaient pour se soigner les ressources de leur entourage. L’utilisation des plantes faisait partie des pratiques ancestrales qui se transmettaient de génération en générations pour se guérir. Aujourd’hui ces connaissances tendent à disparaître et on va voir le médecin.

De façon générale, la santé est un sujet dont on parle peu, qui fait peur, sur lequel on dispose de peu d’informations.

Cette nébuleuse contribue à développer chez les gens, une espèce de fatalisme face à la maladie, le sentiment qu’il s’agit d’un domaine qui est réservé aux spécialistes, qui est du ressort d’une lointaine administration, et sur lequel on n’a aucune prise.

Or la plupart des maladies qui sévissent en Nouvelle-Calédonie sont liées à des problèmes d’hygiène corporelle, de salubrité de l’habitat, d’hygiène alimentaire ou environnementale sur lesquels on peut agir préventivement.

La question est donc de définir comment permettre à chacun de retrouver sa part personnelle de pouvoir pour agir sur son état de santé, comment aider chacun à exercer sa responsabilité de citoyen en lui donnant les connaissances nécessaires et les moyens de prévenir et de se prémunir contre un certain nombre de maladies. Comment développer chez les gens un comportement responsable face à la maladie ?

Ce comportement doit s’inscrire dans une politique sanitaire globale sur la base d’un état des lieux à partir d’indicateurs chiffrés et d’un plan d’action en fonction des priorités, faisant l’objet d’une large communication. Comment dresser cet état des lieux, quels indicateurs utiliser, quelles seraient les priorités ? Comment les communiquer ?

Un tour de table a permis de recenser les représentations de chacun sur les principaux problèmes de santé en Nouvelle-Calédonie. Voici les maladies citées en vrac: cancers liés à la consommation de tabac, d’alcool et à la pollution de l’air, allergies, asthmes, diabète, gale, RAA, furoncles, angines, maladies liées à l’amiante et à la trémolite, cancers de la thyroïde, problèmes respiratoires par fumées dans les cases, MST, sida. Ont également été cités des problèmes de santé liés à des problèmes de société : alcool, tabac, cannabis, kava, suicide. Il a été constaté un déficit important d’informations sur tous les problèmes de santé relatifs à l’environnement, et des personnes se sont interrogées sur les travaux et les recherches de la Scal-air, chargée de contrôler la qualité de l’air.

La Nouvelle-Calédonie détient le triste record mondial des cancers de la thyroïde.

« Le cancer de la thyroïde est un cancer rare, puisqu’il ne représente en France que 1% des cancers. Sa fréquence est en revanche plus élevée chez la femme (environ 2 à 3 fois plus que chez l’homme) et variable suivant les régions du monde. Ainsi, la Nouvelle-Calédonie connaît la plus forte fréquence de cancers de la thyroïde chez les femmes (sources CEA sur www.cea.fr). »

« L’incidence du cancer de la thyroïde en Nouvelle-Calédonie est la plus élevée au monde, en particulier chez la femme, un phénomène à ce jour inexpliqué, a récemment rapporté une publication médicale.

Dans sa dernière édition, le Bulletin Médical calédonien et polynésien a indiqué qu’en 2002, l’incidence du cancer de la thyroïde chez la femme en Nouvelle-Calédonie est de 50, 8 cas pour 100.000 habitants et de 9, 3 cas chez l’homme. Ces chiffres sont respectivement 17 fois et près de 8 fois supérieurs aux moyennes mondiales.

Alors que les irradiations ont été identifiées comme un facteur pouvant provoquer ce cancer, le journal note également que l’incidence de la maladie chez la femme en Biélorussie, à proximité de Tchernobyl où a eu lieu un accident dans une centrale nucléaire, est de 16, 2 cas pour 100.000. Les statistiques montrent également que la population mélanésienne de Nouvelle-Calédonie est plus touchée, avec un risque trois fois supérieur à celui des Européens.

L’évolution de la maladie est en outre jugée préoccupante puisque le nombre de cas de cancers thyroïdiens est passé de 21 en 1991 à 54 en 2002.

« Le cancer de la thyroïde est un cancer multifactoriel et on ne parvient pas à déterminer le facteur prédominant. L’incidence en Nouvelle-Calédonie mériterait des recherches approfondies », a déclaré Patrick Piller, chef du service ORL du centre hospitalier de Nouméa.

L’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) a effectué entre 1993 et 1999 une étude épidémiologique dont l’analyse des données est toujours en cours.

Des scientifiques ont évoqué la piste nucléaire, faisant remarquer que la Nouvelle-Calédonie se situait au centre d’un quadrilatère, formé par deux régions au sud et à l’ouest de l’Australie, les îles Marshall et les atolls de Mururoa et de Fangataufa en Polynésie française, où des essais nucléaires ont été effectués.

Selon Patrick Piller, des analyses sur les patients calédoniens auraient cependant exclu « le rôle d’une irradiation externe ».

Une thèse universitaire de 1999 avait évoqué la piste de pesticides, mais aucune preuve scientifique n’atteste cette hypothèse. »

Source : AFP

Annexe n°VIII.2

Etat de la situation de l’alimentation en Nouvelle-Calédonie

S’il n’existe pas de déficit alimentaire quantitatif pouvant engendrer des situations de famine, la situation alimentaire, après s’être améliorée au cours de la première partie du siècle précédent, s’est considérablement dégradée sur le plan qualitatif en raison de graves déséquilibres alimentaires qui se sont développés au sein de la population.

Les déséquilibres provoquent l’apparition et l’extension de maladies nouvelles et lourdes qui prennent une allure endémique et entraînent un coût socio-économique très important qui devient insupportable pour la population.

Il est donc urgent de prendre des mesures pour y remédier, c’est-à-dire de modifier les comportements alimentaires.

Les affections nouvelles liées en grande partie à des déséquilibres alimentaires sont :

I. Le diabète de type 1 qui touche 4 % de la population et ne cesse de se développer, alors qu’il y a 50 ans il touchait 0,1 % de la population. Si aucune mesure n’est prise on peut estimer qu’il touchera dans 20 ans 8 % de la population.

II. Les cancers de tous types et en particulier du tractus digestif. Sans en être la cause unique, ils renforcent les effets des autres pollutions provocatrices de cancer : insecticides, pesticides, fumées toxiques etc. Alors que leur taux était évalué à 1 % de la population, il est en passe d’atteindre 6 %. Si rien n’est fait, on peut l’évaluer à 10 % dans 20 ans.

III. Les maladies vasculo-cardiaques avec leurs multiples manifestations : hypertension, artériosclérose, perturbations de la circulation artério-veineuse, embolies, thromboses, accidents cardiaques. Leur fréquence est estimée à 10 % et ne cesse de croître.

Des études scientifiques multiples et de très haut niveau sont là pour prouver que ces maladies lourdes sont liées à des comportements alimentaires, dont la nocivité est souvent ignorée du public :

D’une façon générale, le déséquilibre de la ration alimentaire présente une hyperconsommation en sucres et en lipides, comme le montre le tableau ci-dessous :

Correcte Actuelle
Protides 33 % 11 %
Lipides 22 % 37 %
Glucides 45 % 52 %

Composition globale de la ration alimentaire :

Une hyperconsommation du sucre blanc ultra raffiné doué seulement d’un pouvoir calorique et dépouillé de la quasi-totalité de ses composants naturels.

Cette hyperconsommation se manifeste par une augmentation anormale du pouvoir sucrant des aliments courants, et par un comportement de grignotage d’aliments sucrés tout au long de la journée : bonbons, gâteaux sucrés, boissons sucrées type SODA.

Une consommation trop élevée d’huiles saturées extraites à chaud avec l’intervention de solvants chimiques et de fritures qui provoquent l’apparition de la réaction de Maillard génératrices de produits cancérigènes.

Une consommation trop élevée de protéines animales par rapport à celle de protéines végétales, en particulier de viande rouge, cette hyperconsommation étant un co-facteur de cancérogenèse.

Une ration alimentaire trop riche en calories par rapport aux activités physiques quotidiennes. Du fait du manque d’exercices, l’organisme n’arrive pas à brûler les calories ingérées. Il s’ensuit des effets de stéatose avec dépôt de plaques athéromateuses.

Une hyperconsommation d’exhausteurs de goût contenant des produits chimiques de synthèse, ayant souvent un effet cancérigène à long terme.

La consommation involontaire de produits chimiques polluant les végétaux et les fruits à base d’engrais, de pesticides ou de leurs dérivés.

Cette pathologie liée à des comportements alimentaires déviants entraîne certes des souffrances mais un coût socio-économique constitué par :

* Un besoin accru de personnel soignant,

* Un besoin accru d’appareils médicaux,

* Une hyperconsommation de médicaments.

Elle se chiffre en coût de plusieurs milliards de francs pour la Nouvelle-Calédonie.

À titre d’exemple :

* – pour le diabète : 3, 840 milliards /an.

* – pour le cancer : 96 milliards /an.

* – pour les maladies cardio-vasculaires : 64 milliards/an.

Ce coût est supporté par les assurances, donc par les cotisations, donc par la population.

Or si cette masse monétaire n’était pas destinée à couvrir des maladies évitables, elle pourrait être utilisée à des actions de mieux-être : telles que l’amélioration de l’habitat ou de la circulation, activités socioculturelles etc.

Il est donc nécessaire d’améliorer ces comportements alimentaires déviants, c’est-à-dire d’agir sur la consommation alimentaire quotidienne.

Cette déviance alimentaire est insidieuse : il est donc nécessaire, en premier lieu, d’informer la population et de lui apporter les connaissances de base essentielles pour acquérir une conduite de vie qui permette une protection à leur égard.

De même que dans toute l’histoire de l’humanité, il s’avère que c’est au sein de la famille et de la communauté où il vit, que l’enfant apprend à se protéger des périls de son environnement, c’est au sein de la famille et de l’école que l’enfant doit apprendre à avoir de bons comportements alimentaires.

Or on constate qu’aujourd’hui c’est presque l’inverse : à l’école, l’enfant est mis en présence de distributeurs de boissons sucrées et de sucreries qui l’entraîne, au contraire, à consommer en excès du sucre blanc ou des produits à base de sucre blanc, générateurs de diabète.

Trop souvent les repas servis dans les cantines ne comportent pas suffisamment de protéines végétales.

Enfin les enseignements théoriques ne font aucune place à l’alimentation pratique, alors que l’analyse des aliments et leur mode d’utilisation devraient être enseignés comme un catéchisme de vie.

Si on étudie la cause profonde de cette surconsommation de produits alimentaires nocifs, sucre blanc, sucreries, exhausteurs de goût, huiles de mauvaise qualité, on constate qu’elle est due à une pression économique, qui pousse à une surconsommation de ces aliments manufacturés de la part de lobbies alimentaires des multinationales. Ce sont elles qui par un marketing très agressif poussent à la consommation des produits, qui procurent la marge bénéficiaire la plus importante et qui suscitent l’envie de les consommer.

Grâce à des études socio-économiques de qualité, elles ont su détecter, entre autres, deux supports d’envie de consommer : le goût du sucré et la préférence de certaines couleurs en particulier le « blanc », d’où la pression sur les sucres blancs et le pain blanc.

C’est ainsi qu’il est paradoxal, que le sucre blanc ultra raffiné coûte moins cher que le sucre naturel de canne, doté de bonnes qualités alimentaires, mais moins agréable à la couleur : ainsi le raffinage rapporte un bénéfice monétaire aux multinationales au détriment de la santé du consommateur!

A ce niveau, il est très difficile d’agir contre les lobbies économiques, car ils bénéficient d’une très grande puissance sur le « politique », seul habilité à prendre des mesures légales sur le comportement alimentaire, « des mesures d’assainissement alimentaire » pourrait-on dire.

Il revient donc à la Société Civile d’imposer ces mesures légales par des moyens appropriés.

Il serait nécessaire d’envisager un marketing aussi agressif que celui des multinationales … Mais où trouver les fonds pour le faire… ?

Le boycott de certains produits serait un moyen d’action envisageable, mais il faut une population avertie et déterminée pour le faire …

0
  Articles connexes
  • No related posts found.