Ensemble Pour La PlanèteEnsemble Pour La Planète

Communiqué du 27 septembre 2026

Le climat change, nos budgets doivent changer aussi. Face à la sécheresse, finançons l'avenir de notre agriculture, pas son agonie !

Bovins étiques buvant dans une flaque au milieu d'un sol craquelé par la sécheresse

En bref…

  • Le constat : face à la sécheresse, l'Agence rurale va injecter 110 millions de francs CFP dans l'achat de fourrage importé. Pour EPLP, c'est un pansement éphémère et coûteux. Gérer l'inévitable par l'urgence maintient notre agriculture et l'élevage bovin extensif sous une dépendance toxique.
  • La solution : cesser de subventionner l'agonie de modèles obsolètes. L'argent public doit financer exclusivement la transformation radicale des pratiques (pâturage tournant dynamique, agroforesterie pastorale, régénération des sols).
  • La proposition d'EPLP : un « Plan de Rupture budgétaire » immédiat qui conditionne les aides publiques à de réels critères d'adaptation et de transition agroécologique.

Et en détails…

L'annonce d'une enveloppe d'urgence de 110 millions de francs CFP mobilisée par l'Agence Rurale de Nouvelle-Calédonie (dont EPLP et UFC Que Choisir ont été exclues à la création) face aux risques de sécheresse impose une prise de conscience collective. Si l'intention de protéger nos producteurs est légitime, la méthode, elle, n'est plus tenable. Financer à fonds perdus l'achat de foin ou d'aliments importés pour le bétail revient à poser un pansement éphémère sur une blessure structurelle profonde.

Force est de constater que si les hommes « en charge » à l'Agence rurale ont changé, les vieux réflexes, eux, demeurent. Triste déception !

Cela fait des décennies que la trajectoire climatique est connue. Continuer à gérer l'inévitable par l'urgence est une anomalie économique et écologique. L'argent public doit cesser d'être un amortisseur de crises à répétition pour devenir l'accélérateur d'une transformation radicale de nos pratiques.

Un constat implacable : l'illusion des secours d'urgence

  • Un gouffre financier sans fin : les épisodes de crise se succèdent et s'intensifient. Quand ce n'est pas pour la sécheresse, c'est pour les inondations : chaque année, les Calédoniens sont ainsi amenés à « contribuer » via leurs taxes et impôts. Subventionner le maintien de modèles agricoles gourmands en eau ou dépendants des intrants extérieurs condamne la collectivité, c'est-à-dire nous, à payer toujours plus cher pour un résultat identique : la précarité de notre souveraineté alimentaire.
  • L'urgence comme frein à l'innovation : en maintenant sous perfusion des systèmes inadaptés à l'aridité croissante de la côte Ouest, nous décourageons l'effort d'adaptation. La transition vers l'agroécologie n'est pas une option environnementale, c'est la condition essentielle de la survie de nos exploitations.
  • La résistance au changement : modifier des pratiques ancestrales ou des filières bien installées se heurte à de lourdes habitudes culturelles et techniques. Sans incitation financière ou réglementaire forte pour changer de cap, c'est le statu quo qui l'emporte, condamnant le territoire à la même léthargie jusqu'à la crise suivante.

Le cas de l'élevage bovin extensif calédonien

L'élevage bovin extensif sur la côte Ouest, symbole de notre monde rural, est en première ligne face à cette impasse. À chaque grande sécheresse, le même scénario se répète : les pâturages s'assèchent, les éleveurs épuisent prématurément leurs stocks de foin, et l'argent public est englouti pour acheminer en urgence des balles de foin ou inciter financièrement à des abattages de crise pour sauver ce qui peut l'être.

Nous ne voulons plus jamais voir le spectacle indigne de bêtes étiques sur des sols nus, condamnées à l'Infiltration Séreuse du Tissu Conjonctif (ISTC) avant de mourir de faim et de soif.

L'évidence est là : cette gestion court-termiste ne règle rien. Face aux canicules à répétition, notre modèle de ranching extensif doit impérativement pivoter. Injecter des millions pour acheter des aliments industriels à l'extérieur maintient une dépendance économique toxique. Ce qu'il faut financer, c'est la transformation des stations :

  • La restructuration des parcelles pour généraliser le pâturage tournant dynamique, qui laisse le temps aux sols de récupérer.
  • Le reboisement d'ombrage (agroforesterie pastorale) pour protéger les bêtes de la chaleur intense et limiter l'évaporation des sols.
  • L'introduction de variétés fourragères locales et résilientes plutôt que la dépendance au maïs (OGM en Nouvelle-Calédonie et si gourmand en eau !) ou aux importations.

La preuve par l'action : ces modèles résilients qui fonctionnent déjà

Partout dans le monde, et sur notre propre territoire, des alternatives concrètes prouvent que l'on peut produire face à la sécheresse sans dépendre des perfusions publiques :

  • La révolution par le sol : des réseaux d'agronomes démontrent que la meilleure réserve d'eau d'un éleveur ou d'un agriculteur n'est pas une retenue artificielle coûteuse, mais un sol vivant. Les techniques de couverture végétale permanente, le non-labour et l'agroforesterie augmentent massivement l'infiltration des pluies et la rétention d'eau, créant un effet tampon naturel contre l'assèchement.
  • Le pivot culturel : face à la baisse drastique des ressources hydriques, de nombreuses régions opèrent un remplacement des cultures hautement vulnérables au profit de cultures ultra-résistantes à l'image du sorgho, du millet ou du moha, sécurisant ainsi la production fourragère sans épuiser les nappes.
  • L'élan de la transition locale : en Nouvelle-Calédonie, le Groupement des Agriculteurs Biologiques (GAB-NC) ainsi que quelques structures et pionniers innovants accompagnent déjà le monde rural vers des systèmes économes en eau et démontrent la force de la diversification. Qu'il s'agisse de marier maraîchage et élevage extensif, d'introduire des serres bioclimatiques adaptées aux canicules, ou d'adapter le rythme des cheptels en mariant savoirs traditionnels et données scientifiques régionales (à l'instar du projet de recherche CLIPSSA), la résilience calédonienne s'invente déjà sur le terrain, souvent en marge des grands flux de subventions traditionnelles.
  • Le virage politique : en 2019, face à l'échec de l'octroi de chèques à fonds perdus, le gouvernement fédéral australien a créé le Future Drought Fund (de 5 milliards de dollars = 370 milliards CFP). Ce fonds a banni l'achat de foin en urgence : il finance exclusivement, en amont, la transformation des stations (pâturage tournant, semences ultra-résistantes, autonomie en eau). Un voisin proche nous montre la voie !

Notre proposition : un « Plan de Rupture budgétaire »

Nous demandons solennellement aux pouvoirs publics et à l'Agence Rurale de réorienter les priorités financières du territoire :

  • Inverser la logique d'attribution des fonds : que les 110 millions débloqués (et les enveloppes futures) soient conditionnés à des critères d'adaptation. L'aide publique doit prioritairement financer la transition agroécologique, la régénération des sols de la côte Ouest, et le passage à des infrastructures de gestion de l'eau durables et raisonnées.
  • Soutenir la structuration des filières de demain : les agriculteurs et éleveurs ne pourront pas changer seuls. L'État, le Gouvernement et les Provinces doivent investir massivement dans la formation technique et valoriser commercialement les viandes et produits issus de systèmes d'élevage résilients et durables.

L'heure n'est plus à l'attente, elle est au courage politique. Chaque franc investi dans un modèle du passé est un franc volé à la résilience de notre pays. Jusqu'à quand le bingo des enveloppes de crise ? CHANGER, il faut CHANGER !

Modernisons nos pratiques, régénérons nos sols, et faisons de la Nouvelle-Calédonie un modèle d'agriculture et d'élevage insulaire durable face au siècle qui s'ouvre.

Pour EPLP, Martine Cornaille

Documents à télécharger

Vous aimez cette communication ? Partagez-la avec votre entourage !